Parfois je me demande si je suis une bête féroce ou férocement bête. J’aurai trop voulu écrire des chansons. Des chansons d’amour. Des chansons qui parlent de la vraie vie. Des textes qui parlent de ce que tu ressens alors que tu ne savais même pas ce que tu ressens avant de les lire ces poèmes. Si on peut appeler ça des poèmes. J’avais lu ça quelque part, que les écrivains ont la capacité de te renseigner sur toi-même. J’avais envie d’écrire pour des gens connus, des gens qui hurlent sur scène ou plutôt pour ceux qui n’ont pas besoin de s’égosiller, du genre Bashung ou Aznavour. On ne s’est jamais demandé qui étaient les paroliers de Bashung et Aznavour. Les gens ne s’intéressent qu’à la forme et au résultat. Si vous ne le saviez pas, Monsieur Plante était le parolier d’Aznavour. C’est peut-être de là que vient l’expression « être une plante verte ». Je ne suis pas férue du scrabble mais je remercie la chlorophylle : il n’y a rien de mal à être une plante. Sans ça, pas grand-chose n’existe.
Je vous parle d’un temps que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaitre : je viens de perdre mes bras, tu vas te demander pourquoi. Comment j’ai perdu mes bras si j’écris ? Mes bras ce sont mes amies ; mes meilleures amies. Celles avec qui j’ai vécu, celles avec qui j’ai tout vécu. Je suis née, j’ai traversé, j’ai grandi, j’ai encore traversé, je suis passée de bizarre à jolie, de jolie à bizarre, de triste à joyeuse, de méga heureuse à euphorique. D’euphorique à blagueuse, de blagueuse à travailleuse. De travailleuse à chômeuse. J’ai fantasmé, j’ai échappé, j’ai perdu, j’ai gagné ou plutôt j’ai gagné puis j’ai perdu. C’est encore plus joli de passer de perdre à gagner car ça prouve que tu es capable de t’relever. Avec elles je me suis relevée. Tu ne penses jamais que tu vas merder avec tes amies car c’est à elles que tu parles quand tu merdes avec les autres.
Comment je peux faire aujourd’hui ? Je passe mes journées à chercher et mes nuits à me retourner. C’est peut-être parce que je n’ai pas de mec que je me retourne de traversins en oreillers, mais ça c’est un autre problème. Elles se retourneraient peut-être si y’avait du vide aussi dans leurs nuits et dans leurs lits. Aujourd’hui je me demande si elles ont été un jour mes amies puisqu’elles sont capables de partir. Qui s’en va quand il aime ? Je ne dis pas qu’elles ne se sont pas posé deux trois questions avant de prendre leur décision mais le fait est qu’elles m’ont mise dans une sale position. La position de ce mec qui est laissé à l’abandon ; qui découvre tout le jour du verdict : coupable. Ce n’était pas faute de l’avoir prévenu.
Alors voilà, telle est la question : l’amour ou la raison ? Elles ont choisi la raison et comme toute balance astrologique que je suis, pour moi, tout n’est pas noir ou blanc, on est sur quelque chose de plutôt gris. Je ne savais pas quoi choisir. Ma vie s’écoulait puis s’est écroulée avant mon départ en Irlande. Elle a repris un nouveau souffle grâce à ce voyage. Depuis mon retour sur mes terres Françaises il y a maintenant plus d’un mois, ma vie est digne d’un combat face au Mordor, un « pays Noir » en Sindarin. Une des langues construites imaginées par le romancier et philologue J.R.R Tolkien dans le cadre de l’élaboration des récits de la Terre du Milieu. Un truc du genre Aragorn face à un tas d’Orques, une rangée beaucoup trop en ligne pour qu’elle puisse remettre en question quoi que ce soit. A croire que ma vie en Irlande était une sorte de regain d’énergie qui semble annoncer une amélioration de mon état de santé mentale, telle une lucidité terminale, le mystère d’une rémission fugace et inattendue mais qui précède bel et bien la mort.
Avec le recul, les jours ont défilé, et c’est mon Amour pour elles qui m’a gagné. Trop tard. Touché coulé, à toi d’assumer. Me suis-je excusée ? Je dois bien avouer que non, elles ne m’ont pas vraiment laissé m’exprimer. Il n’y a que dans ta tête que les copines ne partent pas. Atterris ma jolie, tu ne t’appelles pas Émilie bien que tu sois jolie toi aussi. Tu voudrais partir avec elles, tout au bout du ciel sur vos ailes, et tu voudrais vivre avec elles, ta vie. Tu ne te dis jamais que tu peux perdre tes bras. Il n’y a que les hommes qui partent. Tu t’imagines marcher avec une prothèse, pas vivre avec un crochet. Elles se sont des filles. Les filles ça ne part pas. On t’apprend depuis toute petite que les filles c’est gentil et les garçons ça l’est moins. Et puis quand tu deviens grand, tu te rends compte rapidement que les gentils sont les garçons et les filles peuvent être des garces. Ce sont elles qui partent acheter du pain et ne reviennent jamais. Est-ce ça être adulte, survivre aux départs ? Moi je reviens sur mes traces, j’ai peut-être été une garce. J’ai eu l’opportunité de regarder la vérité. Qui ne l’aurait pas fait ? Une sorte de vœux exaucé par le génie pour Aladdin. Personne ne te prévient que ce que tu gagnes est moindre via ce que tu t’apprêtes à perdre. Ma nièce m’a dit il n’y a pas plus tard que quelques jours qu’elle s’amusait avec ses amies à s’échanger ses réseaux sociaux avec ses copains et à répondre aux conversations des uns et des autres.
A quel moment la notion d’intimité s’est-elle évaporée ? Avez-vous été dure avec moi car je suis votre amie ou car je suis une femme ? On accepte bien des choses pour notre homme que l’on ne passe pas pour nos femmes, bien qu’elles fassent partie intégrante de nos vies depuis des années ; bien qu’elles soit notre meilleure amie depuis toute notre vie. A méditer. C’est Jacqueline qui nous disait que
“les rêves des femmes ne sont jamais des rêves d’exil mais d’intimité”.
J’ai tellement vécu ça en Amour. Ce que tu as vu ne m’intéresse pas, ce que tu as fait prend le dessus. Mon point de vue s’étend aujourd’hui. Ce que j’ai fait passe après ce que j’ai lu. Peut-être parce que ça m‘arrange. Je comprends aujourd’hui le pouvoir de la vérité. Pouvoir ou poison, on ne le saura jamais, il ne nous reste qu’à lire Michel Tournier :
« Il n’y a de bonne intimité que crépusculaire. »
Au top je lis et relis les mots sont justes et touchants, tu as basculé du bon côté a présent. Tu resteras une pepite pour moi 💫