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Cher tous,

C’est un grand terrain de nulle part, je vois tous ces êtres qui courent après le temps, sans savoir après quoi ni surtout après qui. Beaucoup se mettent à la course à pied, ne l’avez-vous pas remarqué ? Ces gens un peu perdus dont je fais partie, mais convaincu d’être dans ce monde pour quelque chose. Quelque chose de plus grand qu’eux. Ces êtres qui n’ont aucun talent définis mais qui ont cette lumière qui les tient, se mettent à la course à pied. Ils partagent leur stat’ sur Strava, font partie d’une communauté et s’auto congratulent sur leur performance. Ou pas. Personne n’a jamais vraiment parlé de la situation grotesque qu’est celle de sortir de chez soit à pied et de partir d’un seul coup en courant quelque part. Seule Phoebe Buffay pourrait y trouver un sens.

Car chacun vaque à son destin, je n’ai toujours pas le mien. Je crois aujourd’hui que le chemin fait partie du but et non l’inverse. C’est ça qu’il nous reste des cours de philosophie, non ? Un écrit de Margaret Lee Runbeck qui dit que le bonheur n’est pas une destination à atteindre, mais une manière de voyager. Assise aux derniers rangs de la classe à regarder par la fenêtre et à se demander quand son amour de jeunesse finira par devenir celui de sa vie d’adulte. J’ai trente trois ans aujourd’hui, je me sens accomplie dans ma vie professionnelle, j’effleure la bienveillance et la gentillesse à la fois. Je côtoie des salariés qui sont recrutés sur leur capacité à faire cohésion. Cela existait donc quelque part, et j’ai mis des années à courir après eux. Parfois, on ne sait qu’après être arrivé ce vers quoi l’on courait. Je comprends mieux l’utilité de la course à pied. Et on finit par y arriver. Je suis dans une période de ma vie où je conscientise. Je conscientise en écoutant la musique d’Alex Serra, je me rends compte de la chance que j’ai et du mérite qui me revient. Mon cerveau est de plus en plus curieux et ouvert, où peut être l’a-t-il toujours été. Je conscientise le bonheur qu’est celui d’être auprès de mes parents, ces âmes qui m’ont tout donné et continuent de le faire. Personne d’autres excepté des parents dévoués et aimants seraient prêts à écouter leur enfant parler autant de lui sans le juger. [rire]

À porter mille fois son point sur lui, voyez-vous ces êtres vivants ? Le baiser frappe comme la foudre, l’amour passe comme un orage, puis la vie de nouveau se calme comme le ciel et recommence ainsi qu’avant. Se souvient-on d’un nuage ? Mon père parle des phases de l’âge adulte. Il y en a une qui m’a marqué, celle de tous les possibles avant le couperet final, celle d’avoir un enfant avec l’autre. La chute dans le faussé de la désillusion si la rupture intervient. La phase où nous ne pouvons revenir en arrière. J’ai réfléchi, encore et encore. Et je ne suis finalement pas d’accord. Descartes nous disait que rien ne se crée, que rien ne se perd et que tout se transforme. Pour ma part, je dis que la vie prend le dessus, la création aussi.

Je me demandais alors, tel Carrie Bradshaw une cigarette à la bouche entrouverte, regardant par la fenêtre de son appartement du Soho New Yorkais : pourquoi les étapes de la vie resteraient elles forcément figées dans leur état le plus brut ?

Quelqu’un a inventé ce jeu, terrible, cruel, captivant. Les maisons, les lacs, les continents, sont en perpétuelle évolutions, destructions et créations. Pourquoi n’en seraient-ils pas de même avec nos amours, nos familles et nos amis ? Il n’y a pas si longtemps, j’ai dit à ma meilleure amie, celle qui m’accompagne depuis ma tendre adolescence, que je l’aimais pour ses changements et ses évolutions. Non pas parce qu’elle resterait la même, quoi qu’il arrive. Je pense que là réside la clé d’une relation réussie. Avoir la chance d’assister aux changements d’étapes de l’autre est une bénédiction et l’amour n’a alors d’autres choix que celui de grandir. Ne jamais attendre de l’autre qu’il reste la même personne. Les relations ne se terminent pas parce que les gens changent. La clé, c’est de laisser la place à ce que l’autre devient.

La faiblesse des tout-puissants, c’est la nostalgie. Ce sentiment sournois qui te ramène à un bonheur passé impossible à reproduire. Le propre du bonheur réside dans son instantanéité. Pourtant, comment expliquer une sensation, quasi physique, qui ne nous quitte pas depuis des années, et qui nous ramène à quelqu’un comme une effluve d’un parfum senti dans une rue en quelques infimes secondes ? Ce sentiment qui écrit dans une lettre avec en fond sonore « The night we met » tu me manques. Tu me manques plus que je ne l’avais jamais imaginé. Tu me manques simplement, dans le plus calme des temps. Tu es essentiel à mon existence. Tu es essentiel à la vie. Tu es magnifique. Comment ne peux-tu pas te rendre compte à quel point tu es magnifique ? Tu as brisé toutes mes défenses et finalement, je me fous du reste. Je me fous de la rancœur, je me fous du silence, je me fous du passé. Je ne ressens même plus grand-chose face à l’avant, car ce qui m’intéresse, c’est maintenant. Tu me manques pour ce que tu es. Tout entier. Je voudrais tout te dire. Des grandes comme des petites choses.

Voyez-vous tous ces humains ? Qui voient leur vie après toi, se relèvent et reconstruisent tout ? Héros de toutes nos nations, qui continuent de regarder devant et de redresser leurs épaules.

Car si la Terre est ronde, elle continuera de tourner. On écoutera Fauve qui dit « Ca m’est retombé dessus d’un coup je me suis senti seul triste et fatigué. J’y arrive pas sans toi j’arrive plus à encaisser. Comment est-ce que ça va se finir ? Comment est-ce que je vais faire ? J’ai besoin de toi comme d’une infirmière que tu répares ma tête et mes sentiments qui fonctionnent plus bien. Que tu refasses mes stocks de sérotonine que tu me dises que c’est rien. J’ai compris que tu voulais pas de moi pour l’instant mais je me force à croire qu’avec du temps. Tu changes d’avis et dans mes nuits je rêve encore que tu m’emmènes danser jusqu’au matin. »

Les capitales sont toutes les mêmes devenues, celle qui abritent des gens qui courent du matin jusqu’au soir, qui essaient d’échapper à leurs dépressions respectives et qui essaient de verbaliser. Activer. Plonger.

Aux facettes d’un même miroir, je pense que la vie est moins courte que l’on ne croit, qu’elle permet de recommencer plusieurs fois, ce qui mérite d’être pleinement vécu. Pourquoi ne me réponds-tu jamais, sous ce manguier de plus de dix mille pages, à te balancer dans cette cage, à voir le monde de si haut ? Comme un damier, comme un lego, à voir le monde de si haut.

C’est un grand terrain de nulle part, on voit de toutes petites choses qui luisent, dans le silence ou dans le bruit.

Dans le silence, ou dans la vie, ruisselante, celle qui prend le dessus, celle que l’on choisit.

Bonne soirée.

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