Jeune femme angoissée par un package incomplet à son actif et pourtant jeune femme de 30 ans, qui, terrorisée à l’idée d’avoir toujours besoin de son père pour surmonter ses phobies administratives, de ne plus mettre de la crème hydratante seulement sur son visage mais aussi dans son cou, à la vie sentimentale un peu désespérante, sans enfant, décide de sortir de sa ville (rose) de confort et s’installe dans le fin fond du Connemara, en Irlande.
Elle n’a jamais pris le temps de partir, trop occupée à cocher les cases d’une vie réussie (c’est quoi une vie réussie ?). Une fois ses études terminées, des jobs trouvés puis quittés, la voilà encore jeune mais sous pression de ne plus l’être pour si longtemps. Pour ça, une case manque à l’appel, voyager seule. Il est temps de faire ce qu’elle n’a jamais fait. L’idée de base est d’apprendre l’anglais : toujours dans un esprit de compétitivité, de transformer un échec en productivité, ne jamais avoir un trou sur son CV, car le CV, ya que ça de vrai. Et puis en creusant un peu, la vraie raison, raisonnant comme un acouphène devenu vraiment emmerdant depuis ces dernières années, c’est de devenir une adulte indépendante, une vraie.
Parfois spectatrice des avancées (ou pas) de son entourage, tiraillée entre un désir compulsif de fête et un désir d’être cette femme qui porte des tailleurs trop serrés, angoissée d’être pleinement consciente d’être au maximum de son capital beauté et de ne pas en profiter assez, je me suis dit que moi aussi je pouvais prendre le contrôle. Je ne vais pas vous bassiner avec ce genre de conneries « Quand on veut on peut », souvent prononcées par tatie Danielle qui, si l’on fait l’état des lieux de sa vie aujourd’hui n’a visiblement pas dû vouloir grand-chose, ou par Natalie Portman repérée bien évidemment « par hasard dans une pizzeria », mais ce truc qu’on imagine, qu’on fantasme, je l’ai fait. J’ai pris un sac à dos et je suis partie en voyage comme je me l’étais promis pour mes 30 ans. Seule. Pour de vrai. Une vraie baroudeuse, sans le côté homme des bois. J’y ai ajouté un petit bonus : les gens. Mon truc, c’est de raconter des histoires. Je ne pouvais pas avoir une poignée d’Européens sous la main et ne rien en faire, il fallait que je leur pose la question : c’est quoi, non de Dieu, être un adulte ?!
Comment le voyage intervient dans ce processus d’évolution parfois angoissant ? Comment les anecdotes du quotidien nous font prendre conscience qu’on n’est plus des enfants ? Comment surmonter les foirages et questionnements de jeunes adultes avec humour et philosophie ?
Je m’appelle Raphaëlle, j’ai 30 ans et je travaille dans un des plus beaux hôtels d’Irlande. Un des bienfaits du voyage, le temps ne se perd pas, le temps ne se crée pas, il se transforme. Je fais un tour de l’Europe, je pars à la rencontre de ses gens, des ruraux, des citadins, de leurs visions de la vie et de ce que c’est qu’être adulte. On peut avoir une vision bien différente du bonheur quand on est grand. C’est l’histoire de questions posées, modifiées, ajoutées, laissées parfois de côté, sans réponses (et c’est très bien comme ça), et du comment le voyage intervient dans toute cette affaire. Ou pas. C’est l’histoire de parcours en pleine mutations, de rencontres complètement folles, (car oui, la vie, c’est des rencontres), parfois absurdes, avec la Musique (la culture), comme un délicieux acouphène, beaucoup moins emmerdant celui-ci, qui joue son premier rôle de langage universel à la perfection.
Apparemment, être adulte, ce n’est ni trouver un job, ni un appart, ni une question d’âge. C’est plutôt prendre un cadi pour aller faire ses courses, passer de la vodka au vin rouge et surtout, surtout, pour les Français, c’est écouter France Inter. Mais d’après ces voyages et ces rencontres, être adulte, c’est vraiment pleins d’autres trucs. Je vous laisse lire.
Bienvenue à vous.
