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Miline,

Assurer de flotter pour l’éternité, l’horizon a vu se pointer ton minois mignon.

Dans cet appartement résonne dans mes yeux de petite fille ce fauteuil bleu, aux airs majestueux, dans lequel notre doyenne, presque notre Reine, y reposait sa sagesse indiscutable.

Dans cet appartement s’y glisse un tas de souvenirs de famille, si grands, si intriguant et mystérieux que je me demandais depuis toute petite quand la vie avait commencé pour avoir autant de matière à partager.

Dans cet appartement, une jambe un peu bancale et pourtant bien ancrée dans ton sol, ma mie, je me vois t’observer depuis cette table à manger, t’activer, t’afférer, concocter pour ton joli royaume.

Mes yeux d’enfants, écarquillés, ne baissant pas la garde, t’ont vu m’apprendre la vie en silence. Tu m’as appris le pouvoir de la transmission, et jamais quelqu’un ne m’a autant transmis. Tu m’as appris le pouvoir du silence, de l’attente, et tout vient à point qui sait attendre, celui de l’action. La singularité de notre lien, la puissance du lien d’une grand-mère à sa petite fille, est que cette transmission fut silencieuse. Le son du silence résonne en moi pour te décrire. Tu m’as transmis ton histoire avec mes questions idiotes et aujourd’hui je sais que mon papy, c’était l’Amour de ta vie. Un détail plutôt inspirant. Un tour de patin à glace, un regard malicieux et le tour était joué, une famille allait être crée coûte que coûte, et j’en ferai partie. Ta ferme intention de construire ta vie avec mon grand-père me guidera toute ma vie. Raphaëlle, garde ta ligne, et suis ton cap, tu ne regretteras rien.

Ok mamie, je suis le plan.

Et pourtant, je crois qu’on est tous d’accord pour dire que notre famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, te voilà aujourd’hui parmi eux, à toi de nous en dire des nouvelles, j’entends déjà ton écho. Aujourd’hui, je sais grâce à toi et seulement toi, ce que la famille illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de la destruction du verbe, et celui du silence. Miline, tu as été, et tu seras une raison d’espérer dans nos moments de vide.

Dans cet appartement gris bleuté, basé dans cette ville de Tours que j’ai toujours trouvé grise avec ces ardoises sur ses toits, contrairement à la mienne où les couleurs sont plus roses, je me vois trépider d’impatience de monter dans ta « deux chevaux ».  Cette « deux chevaux », grise bleutée là encore, parlons-en. Elle est pour moi tout toi. Dans mes yeux de petite fille, vous ne formiez déjà qu’un et j’ai toujours été impressionnée de t’y voir aux commandes. C’est l’endroit dans lequel j’ai senti la puissance de ton histoire, et j’avais cette ferme conviction que j’y prenais part. Cela me rendait bien fière tu sais. On arrivait à ce musée où cet immense éléphant, là encore bien gris, bien grand, nous attendait, encore. Car oui ma petite Rapha, nous allons aller voir l’Eléphant toutes les deux, peut être avec Papy si tu es sage. C’est surement de là que me vient cette sensation que les éléphants sont les plus sages et les plus savants.

Miline, tu m’as appris l’importance du mot, l’importance de la culture. Le savoir sauve, et les mots peuvent nous sortir de toutes les galères. On se l’était dit toutes les deux, en secret. Et tu sais quoi, je ne suis plus en galère. Aujourd’hui, tu as pris la forme de l’invisible, et moi, j’ai un boulot. Et devine quoi, il est dans la culture et dans les mots. Ya pas de hasard dans la vie.

Et pourtant, tu es surement restée sans voix d’avoir connu Churchill et Facebook à la fois. Je t’ai cherché sur la toile, mais j’ai préféré t’écrire des cartes postales ; retraçant ma vie de petite fille. Me voilà bien plus grande aujourd’hui.

Ton courage et ta faculté d’adaptation ont fait vaciller les dimensions, ont traversé les airs de tous les temps.

Nous sommes destinés à mourir, nous sommes nés pour briller. Quelqu’un a inventé ce jeu, terrible, cruel, captivant. Miline, on ne peut bien gouverner sa famille qu’en donnant l’exemple, toi, tu as brillé.  

Papy et toi avez pris votre joli sac de filles, un intru tombé dans le lot dont je descends directement non sans fierté, et n’avez jamais baissé la garde. C’est le sans faute sur la ligne d’arrivée : une course parfaite, c’était le podium assuré. Te voilà aujourd’hui médaillée.

Reste plus qu’une chose à faire avec ton cœur blanc, à vos marques, tu débarques, dans le panthéon des mamies, des mères, des sœurs, des filles et des petites filles : rejoindre papy. Dans ce grand terrain de nulle part, nous défendrons les couleurs de ton royaume, assuré de flotter pour l’éternité.

Dotée d’une logique et d’un sens artistique implacable, tu as battu la mesure jusqu’à ta dernière musique, et ancrée dans notre sol, tu te tournes aujourd’hui vers le ciel. Destination tropicale, le soleil du paradis, aurevoir et bon vent, Mamie.

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