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Cher tous,

Les fêtes sont passées. Ce marathon de repas familiaux angoissant est derrière moi et il s’est avéré plus agréable que prévu, je suis presque déçue ! Pas de discussions gênantes, des retrouvailles quasi émouvantes. J’ai ensuite mis le cap vers cette Bretagne capricieuse qui titille mes souvenirs Irlandais. Cette Manche qui borde cette herbe parfaitement tondue et verte me renvoie directement sur les falaises de Moher lors d’un week-end de novembre ensoleillé. Posant fièrement mon minois face à l’objectif de mon acolyte, Breton lui aussi, nous étions loin de savoir que le dernier bus allait nous passer sous le nez, que le soleil laisserait place à la nuit glaciale Irlandaise et que j’allais courir une dizaine de tours de terrain, histoire de relancer la machine et empêcher mon sang de glacer recroquevillée sous cet abribus et m’obligeant à rentrer en France gelée sur une civière. L’histoire a bien fini, nous avons rencontré quelques chinois, rattrapé un autre autocar et terminé les fesses posées dans un pub à écouter un type s’égosillant sur sa guitare après sa troisième Guinness faisant résonner Sting plein pot dans les rues de Galway. Je retourne à la réalité, sur les plages de Pléneuf-Val-André ! Un bled qui n’abrite pas que ma belle-mère, mais aussi une colonie dans laquelle j’ai rencontré toute cette bande de copains musiciens dans lequel on s’apprête à fêter nos 20 ans d’amitié. Incroyable, mais vrai.

Je me pose alors la question, pourquoi les amitiés d’enfance sont-elles souvent les plus résistantes ?

De retour à Bordeaux après les fêtes, nous avons rencontré Marine et partagé le trajet grâce à Blablacar, un site absolument merveilleux. Une jeune femme à la tête d’une agence de communication culinaire avec qui le contact s’est établi immédiatement. Avec cinq heures de route au compteur, c’était une chance. Je fais partie de ces personnes qui peuvent prendre sur elle pour une durée indéterminée et faire la conversation de façon très décontracté en surface alors que je boue à l’intérieur. Je boue d’ennuie, je boue d’inintérêt, je boue de douleur. J’ai remarqué que c’était plutôt féminin de prendre sur soit, de subir, d’attendre. J’imagine que nous savons toutes dès le départ que nous sommes conditionnées à subir potentiellement l’épreuve de l’accouchement à la dure : une aiguille, une bassine d’eau chaude et te voilà en un claquement de doigt l’égale de ton arrière-grand-mère hurlant dans sa chambre et s’efforçant de donner la vie à Papy chéri. Alors nous, les femmes, nous prenons sur nous.

C’était le cas à l’aller, nous sommes tombés sur une jeune mariées commissaire-priseur, une possible aristocrate tout à fait capable de passer dans l’émission « Ça commence aujourd’hui » et de devenir la risée des internautes, nous déballant sur un plateau à la fois l’histoire de son métier passionnant et celle de la pierre de sa bague de fiançailles, le bras tendu entre nous deux exposant au monde son diamant noir tirant sur le vert. Un bijou magnifique, vous vous en doutez, tout comme son cher mari pompier.


Marine, elle, était plus directe avec un sens de l’humour affirmé qui nous a permis de connaitre l’histoire de son colocataire, Nadir.
Nadir, directeur administratif et financier d’une grande multinationale, loue son appartement dans les beaux quartiers Bordelais à Marine. Il lui loue pour pas cher et en échange, il souhaite y dormir quelques fois dans l’année pour se mettre la tête à l’envers sur les quais et dans les soirées underground Bordelaises. Marché conclu. Marine voit Nadir s’exciter comme une puce dans son salon en réunion avec tous les grands directeurs du groupe, échanger sur les effectifs de l’une de leurs entreprises qui fait grève et les fous dans la merde. Elle n’aurait jamais imaginé que son salon serait le théâtre de conversations aussi importantes. Nadir fait des call en anglais auquel Marine ne pige rien qui essaie pourtant de comprendre l’intérêt de son métier lors de conversation polies. Mais non, ça ne prend pas : créer des solutions innovantes à base d’Intelligence Artificielle et de Modélisation 3D à destination de la préservation de l’Environnement et du Cycle de l’Eau, ça ne lui parle pas.

Nadir s’est alors penché sur un sujet bien plus accrocheur : il existe à Bordeaux une équipe composée exclusivement de joueur de rugby gay (c’est une condition de recrutement). Nous voilà sur l’autoroute de la Transeuropéenne (aussi appelé A89), à imaginer Nadir, premier fan de cette équipe portant fièrement ses couleurs et souhaitant racoler Marine au fanclub, à se souler au Gin Tonic en compagnie de gens très intelligents. Les gens de la haute sont finalement sur le terrain, à tâter du ballon ovale.

A peine posés nos valises aux Chartrons, nous sommes repartis en train dans la cité des Violettes, la ville Rose, Toulouse ! Toulousaine que je suis, je me suis fait rattraper par mes racines et j’ai décidé de rejoindre quelques amis pour fêter le nouvel an dans le duplex de mes parents qui avaient déguerpi à la Montagne, me laissant le champ libre. Parce qu’un train peut en cacher un autre, le pied posé sur le quai de la gare Matabiau, je me rends compte que j’ai oublié mes clés à Bordeaux. C’est à ce moment précis que je me suis dit que c’était le voyage de trop. Une vague d’angoisse a traversé mon corps, j’ai crié, j’ai hurlé, j’ai paniqué. Ni une ni deux, mon père était en chemin depuis l’Ariège pour me donner son double. L’amour inconditionnel, c’est faire deux heures de route pour rendre service à sa fille. Mon père, ce héros, encore et toujours.

J’avais concocté une fondue de poireaux aux Saint Jacques dénoyautés par mes soins quelques mois auparavant sous le soleil de Bretagne. Mon premier repas de maitresse de maison pour plus d’une dizaine de personnes et ce n’était pas une mince affaire ! Les trentenaires ne savent pas s’ils ont envie de manger ou de se souler dès le départ. Nous vacillons dans cette entre deux qui tiraille nos vies. Résultat ? Nous étions tous sur la terrasse quand nous avons vu des flammes jaillir de la table à manger, fruit d’une serviette en papier maltraitée par un des enfants de la bande, des divergences d’opinions de tous les côtés, le petit Jesus de la crèche Africaine de ma mère lui aussi malmené, un service à l’assiette digne de l’ouverture d’un restaurant bancale avec cuisine ouverte sur les clients. En bref, un bordel sans nom.

J’ai démarré l’année 2026 dans la pagaille, comme à chaque fois. Je regarde sur Arte la série Espagnole « Los Anos Nuevos » qui retrace l’histoire d’amour de deux personnes rencontrées un soir de nouvel an avec chaque épisode correspondant au 31 décembre de l’année d’après. La rétrospective sur mes dernières années est plutôt claire : il s’en est passé des choses, des gens, des sentiments qui s’accrochent, qui s’en vont, qui arrivent, qui reviennent. Le temps est passé, il y a dix ans, j’étais déjà grande.

Aujourd’hui, c’est toujours la pagaille. Mais quand j’y pense, c’est bien plus marrant que si ça ne l’était pas.

Bonne soirée.

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