Du supermarché discount et du syndrome Lynette Scavo

Anaïs : 29 ans, bientôt 30.

3 mins read

Lundi matin, 7h30. Pour moi le lundi est depuis longtemps synonyme d’entrée dans une ère nouvelle, un peu comme le nouvel an mais avec 52 chances de rattraper les échecs des résolutions de la semaine passée ; je retiendrais plutôt l’idée de « chances » plutôt que celle d’ « échecs », d’ailleurs.

Lundi matin, donc, aux aurores, je décide de mener une offensive contre la vie chère (c’est une pub ça, non ?). Autant te dire qu’après 7 ans à l’université, ce n’est pas la première fois que mon compte en banque m’impose cette croisafe. En vérité, si la notion de découvert n’avait jusqu’alors que très peu de signification à mes yeux, elle a tendance à m’angoisser depuis que nous avons un petit être humain à notre charge, un appartement trop cher et des projets plein la tête.

Ce lundi, donc, je résous d’aller faire le plein de vivres chez Lidl plutôt que de faire les courses quatre fois par semaine au Carrefour city en bas de l’immeuble. Parce que s’en sortir pour 50 euros à chaque fois que t’as besoin de PQ, c’est bête, et ça trahit un grand manque de contrôle. Ne me juge pas, on est tous pareil et tu le sais. Une fois t’as plus de liquide vaisselle, du coup tu prends aussi du chocolat et une bouteille de vin, le lendemain l’enfant n’a plus de lait, alors tu achètes aussi des céréales et une bouteille de vin, le surlendemain c’est le chat qui n’a plus rien à manger alors tu complètes avec des surimis et une bouteille de vin. Bref, immanquablement c’est un cycle infernal dont seul un ascétisme rigoureux pourra me sauver. A priori ça me sauvera aussi de l’alcoolisme.

Tu noteras au passage les préoccupations ultra matinales de la meuf.

Armée d’une liste longue comme mon bras, mûrement élaborée pendant la nuit, et destinée à ne pas me laisser séduire par ce dont je n’ai pas besoin (ce n’est pas moi qui ait une frénésie consommatrice mais le produit qui séduit, nb), je pars donc chez Lidl, à l’heure des vieilles personnes (9h), temple de la lessive pas chère et du fromage  de merde.

A parte, tu le connais le fromage de merde, celui qui n’a pas de goût, très souvent orange, que tu mets dans les sandwiches ? Chez nous le terme désigne également le Caprice des dieux, la Vache qui rit, et toutes autres préparations fromagères insipides que Mourad a fait entrer dans notre foyer (ils ne connaissent pas le vrai fromage en Tunisie, starfoullah). Oui, parce qu’on ne se connaît pas encore, mais moi je mange bio et local. On soulignera avec intérêt l’adéquation de mon style de vie à mes principes.

Même si j’aimerais te détailler mon ticket avec forces précisions, je sais que tu t’en fiches, je me contenterai de te rapporter que la caissière m’a probablement considérée comme une mère de famille nombreuse, ce que je ne suis pas. Pour rappel, nous sommes trois, l’enfant et le chat comptant chacun pour une demi-personne. Pour te donner un indice sur mon caddie, sache simplement que j’ai, entre autres, acheté 6 paquets de fromage râpé et 4 paquets de Grana Padano.

Ces courses gargantuesques, qui devraient techniquement nous permettre de tenir le siège pendant 3 semaines (tu hallucines du ratio fromage râpé/semaine, je sais), nous ont coutés presque 4 fois moins cher que d’habitude. Soit à peu près 120 euros, contre 450.

En plus de faire le constat criant d’une perte d’argent abyssale, cet article témoigne de ma transformation en Lynette Scavo de Borderouge (j’ai même investi dans le mom’s jean et la chemise, mais je t’en parlerai une autre fois). Je te vois venir, tu ne comprends pas pourquoi je te raconte ma vie depuis 10 minutes, vie qui n’a, a priori rien de passionnant dès lors qu’elle semble limitée à des considérations tenant aux meilleurs rapports qualités/prix du papier toilette. Détrompe-toi, car nous sommes tous Lynette Scavo, même toi. Et si tu ne l’es pas, tu gagnerais à suivre son exemple. T’es là, installé dans ta vie de jeune personne, voire d’adolescent sur le tard, pépère à décuver de ton week-end/regarder Netflix/manger des coquillettes, et un jour sans t’en rendre compte, tu te retrouves à te soucier des choses d’adultes (payer ton loyer, gérer ton argent, préparer des repas équilibrés –liste non-exhaustive) – cela s’appelle des responsabilités, si jamais tu n’y es pas encore. Dès lors, soit tu choisis Gabrielle Solis (tu te maries avec une personne riche, nb), soit tu prends pour modèle Lynette Scavo, la gestionnaire. Chacun son truc après, mais mon mari à moi n’est pas riche, du coup j’ai pas vraiment choisi.

Tout ça pour dire, si tu es jeune et insouciant, profites-en, la vie est une chienne, elle te fout souvent un gamin dans les pattes (voire pire, plusieurs), et si toi aussi tu es Lynette Scavo, il n’est pas ridicule de procéder à un comparatif in situ des supermarchés de ton quartier. Ou peut-être que si, ça l’est, mais en tout cas tu n’es pas seul.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

Previous Story

LEONARD

Next Story

Des conseils avisés ou de la sagesse des vieux cons