Si tu es comme moi, tu n’aimes pas qu’on te donne des conseils.
J’estime que chaque personne est différente, avec ses propres problématiques, son propre univers intérieur et extérieur, tout un tas de facteurs participant à faire de nous des êtres exceptionnels ; les règles qui s’appliquent à toi ne s’appliquent donc pas nécessairement à moi. J’ai donc décidé, depuis ma jeunesse la plus tendre, de n’écouter personne et de me vautrer toute seule. Je te passe la liste de mes échecs les plus brillants, même si en fin de compte je ne m’en sors pas si mal du tout.
Quand je suis tombée enceinte, ça a été pire que tout. Une avalanche de gens bien intentionnés t’expliquant comment tu vas/dois être. Or, si tu es déjà passé par là, tu sais à quel point la grossesse te fait te sentir unique, c’est une de ces expériences qui te donne l’impression de tout savoir, de tout pouvoir. Moi par exemple, j’ai détesté être enceinte. Les nausées, puis le mal de dos, les maux tout court, l’impossibilité de se vêtir autrement qu’avec des leggings, la fatigue. Pourtant, les gens me regardaient avec tant d’envie, comme si je portais l’enfant Jésus. Les femmes ayant déjà enfanté en particulier. Et cette fameuse phrase : « Profites-en, tu verras… ». Un jour, ma belle-sœur m’a dit : « Profites-en, tu verras, ça te manquera d’être enceinte ». Et moi de sourire poliment tout en pensant en mon for intérieur que je n’étais pas comme les autres.
Alors non, ma grossesse ne me manque pas particulièrement. Si ce n’est la douce tranquillité de ces derniers jours seuls et sans cris, sans stress, à ne se soucier que de moi, de nous. Oui je portais des leggings et je ne pouvais pas boire de vin, mais au moins j’entendais les dialogues à la TV ; aujourd’hui ils sont la plupart du temps couverts par les doux chouinements de ma progéniture. Et j’avoue, aujourd’hui, 5 mois après, ça me manque. Vous aviez raison. Je pense avec nostalgie aux rendez-vous échographiques, aux innombrables bains moussant relaxants, aux places toutes chaudes qu’on te cède dans le métro, aux vanilla macchiato du Starbucks en allant chez la kiné. C’était le bon temps, une autre vie. Pardon, je m’égare.
Parfois ces conseils se sont avérés infondés, comme quand des collègues se sont regardées d’un air entendu quand je leur ai dit que nous ne ferions pas de cododo (nb, pour les non-initiés, il s’agit de faire dormir l’enfant dans ton lit, en y juxtaposant notamment un genre de rallonge). « Oui, enfin tu verras que c’est indispensable ». Et bien non, notre fille n’a pour l’instant jamais partagé le lit conjugal, excepté pour les câlins du matin. Chacun son territoire.
Je reviens sur cette petite phrase que je jugeais insupportable : « Profites-en, tu verras ça passe trop vite ». Pour moi elle était l’apanage des vieux, des gens qui pensent que le meilleur est derrière, alors que la vie est devant nous. Tu sais souvent ce sont tes grands-parents qui te disent ça. Ou des grincheux. Ou mon boucher. Et quand tout le monde s’y met, tu te dis que c’est un complot, mais qu’heureusement tu es au-dessus de ça. Sauf qu’ils avaient raison. Autant raison que si je te dis que le ciel est bleu quand il fait beau, et que l’herbe est verte. Notre fille a 5 mois, et j’ai l’impression d’avoir 200 ans. Un jour t’es au Café Pop à danser sur les tables (nb pour les étrangers, haut lieu de la fête toulousaine destiné aux adolescents sur le tard), et d’un coup comme ça, t’as un enfant qui a une dent. Voilà tu vois, c’est ça la vie. Elle prend des virages en tête d’épingle avant même que t’aies le temps de t’en apercevoir. Il y a 5 mois, j’avais un petit bébé de 3,9kg qui dormait toute la journée (mais pas la nuit), et aujourd’hui j’ai une petite petite fille de 8kg qui a des dents, qui mange de la purée et qui terrorise mes journées (mais plus mes nuits). Et tous les soirs avec son père, on se dit « ça passe trop vite, putain ! ». Avons-nous rejoint le club des vieux cons ? Où avons-nous ouvert les yeux sur une réalité de la vie ?
C’est une phrase bateau en fait, ça ne peut pas être un conseil, car cela ne peut aller que de soi. Il faut en profiter, profiter chaque jour, de ce qui est beau, de ce qui est bon, des petites choses comme des grands moments. Savoir se fabriquer de doux souvenirs mais ne pas oublier qu’on a la vie devant nous. D’autres fous rires nous attendent, d’autres bonheurs. Finalement, devenir adulte, c’est peut-être savoir se rappeler « Profitons-en, ça passe trop vite ».