KALYMNOS

Irish team in Greece. Written from Bordeaux.

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Cher tous,

Me revoilà le cul posé dans un café pour vous raconter mes dernières aventures, Grecques et Bordelaises ce coup-ci. Il était une fois dans l’ouest, je me retrouve au comptoir du Books & Coffee Bordelais, un de ces endroits que les étudiants aiment fréquenter en groupe sous des vapeurs de boissons colorées étranges & possiblement détoxifiantes pour déblatérer le cheveux gras au sujet de problématiques qui n’ont finalement pas tant l’air de leur poser problème que ça. Une question envahissante subsiste : celle de la table de ces deux nanas, Marine & Eugénie, l’une tout droit descendue de Quimper pour croquer sa vie à pleine dents, l’autre ancrée dans son sol restée accueillir la première à bras ouverts dans un but ultime et quasi patriote, la convertir aux joies du Cap Ferret : « Ce n’est pas parce que tu divorces que tu te sépares ; rupture et séparation, ce n’est pas la même chose. » Vous avez 4 heures. Pour ma part, je suis comme le pain. Loin de moi l’idée de m’apparenter au corps du Christ (et quel corps) mais voyez plutôt : je ne coupe pas, je romps. Grand Dieu non, je retire. Je ne romps jamais, tout ce que j’ai aimé je l’aimerai toute ma vie. Ce sont La Fontaine et son roseau qui m’habitent : plier et ne jamais rompre. Oui c’est ça. Ce n’est pourtant pas toujours une bonne stratégie car à force de plier, on devient tordu. Les drames et les blessures glissent sur les garces et encore plus sur les sociopathes, quelqu’un qui se remet de tout n’est pas toujours perçu comme fort mais comme dangereux. Je ne peux cependant nier avoir été ce chêne dans cette fable de notre bon vieux La Fontaine. J’ai cassé à cause du vent faute de prétention. Me voilà rassurée ! Qui dit chêne dit vulnérabilité, qui dit vulnérabilité dit humanité, Dieu soit loué (encore lui), je suis humaine, je suis sauvée.

Cette petite affaire ne nous explique cependant pas pourquoi je me retrouve dans les rues Bordelaises aujourd’hui ni par quel miracle j’ai passé une partie de mon été à Kalymnos, une île proche de la Turquie, le type d’endroit propice pour réfléchir à quel moment ta vie est partie en couille.

Alors voilà, j’ai réfléchi en compagnie de mon acolyte Flo, mais si souvenez-vous, ce (grand) bonhomme aux cheveux en bataille, la clope au bec dès son saut du lit, un style vestimentaire travaillé, se faisant passer pour un type sérieux, une sorte de couverture bien travaillée elle aussi, bien que ce soit avec lui (entre autres) que je me suis retrouvée à courir comme une dératée, n’ayant pourtant pas éprouvée la moindre gêne avec ma rate mais plutôt avec ces 4 bouteilles de vin dans les mains, essayant de semer Ross, l’un de nos personnages favoris de cette Bande Dessinée du Ballynahinch Hotel en Irlande.

Avec ce grand Breton, on a cette fois décidé qu’on n’allait pas voyager seuls car gnagnagna on va plus vite mais ensemble, on va plus loin. On s’est donc entouré du reste de notre équipe Irlandaise, et pas des moindre : on a rejoint nos trois guides Grecques qui soit dit en passant exploseraient les audiences de France 3 chez MOTUS : tu mets l’alphabet dans un shaker, tu jettes ça en soute pour le prochain New-York – Athène et abracadabra, tu te retrouves à balancer des « Euphraristo a todos » après tes trois salades Grecques que tu as fini par partager car oui, en Grèce, on partage. Toujours dans un esprit de réflexion, même si l’île ne vaut pas un scooter sur les routes de Santorin avec l’homme de ta vie rencontré quelques années auparavant un doux soir de septembre, longeant la mer Egée, c’était quand même vachement ressourçant d’écouter tes copains chanter Creep un ukulélé dans les mains. Finalement, les clichés sont géniaux, excepté pour ceux qui ne les ont pas vécus. On a beau dire mais manger des huitres sur le bassin d’Arcachon en marinière, frôlant l’ivresse du vin blanc dégoté chez un petit producteur et transporté dans ton panier en osier Céline (prénom de choix), ça ressemble franchement à l’image du bonheur. Et entre image et cliché, il n’y a qu’un gars : le photographe. Manque juste l’homme de ta vie, encore lui. Toujours dans cet esprit d’eau et de sable, c’est avec notre Française Sovanny qu’on est parti rejoindre le Dodécanèse, le genre de nana qui a la jeunesse de nos Friends, la maturité des jeunes de Sex Education et l’expérience de The Devil wears Prada. Tu acceptes ou tu passes ton chemin mais tu es facilement sous le charme, surtout quand tu as frôlé la mort avec elle, deux fois, dans deux pays différents, toujours MOTUS mais bouche cousue cette fois ci. Une fois notre Frenchie partie j’ai pris le relai et géré notre petite tribu internationale. J’ai adopté le surnom de Mama Raph brillamment donné par Léonard entre deux Mythos : pas de mensonges entre nous, on parle de bières, achetées dans ces bric à brac face à la mer précédant nos bains de minuits et rythmant nos journées, surtout celles de notre Allemand détrônant presque l’horlogerie d’une Rolex fièrement portée par Roger Federer. Sans transition, on s’étendra tout de même sur mes capacités de sport nautique au point que Florian et Noel, notre Irlandais fétiche, se sont sentis obligés de crier en anglais au beau milieu de la mer Egée : « RAPH, HAVE YOU EVER DONE KAYAC ???! » Non mes chers, je ne vais pas au boulot en canoë et je n’ai pas les copines armées pour ce type d’activités. Cette phrase m’a poursuivi le reste de notre été comme une épée au-dessus de ma tête, il n’y a pas de fumée sans feu, Damoclès était Grecque, un personnage clé de cette mythologie, Grecque elle aussi.

Après toutes ces péripéties estivales, nous sommes rentrés en Irlande et avons laissé Benjamin à Dublin, capitale dans laquelle ce dernier s’est fait chourrer son téléphone dans notre iconique Temple Bar avant de paniquer dans l’avion pour Kalymnos. Merci la vie, ce voyage lui a donné envie de croquer la sienne lui aussi ; à l’heure qu’il est, Ben panique dans un A380 pour New-York. Si l’arpège égrené au tout début laisse croire à une introduction lente, un thème agité et haletant met aussitôt fin à cette rêverie : la magie du voyage, tu pars loin de chez toi et quand tu reviens, chez toi c’est plus chez toi. Le troisième mouvement de la sonate n°17 de Beethoven en ré mineur en témoigne, je vous invite à vous fondre dedans et vous demander si n’est-ce pas ça être adulte, choisir sa maison ? De quoi remettre en question tout ton écosystème et mettre un bon coup de pied dans ta fourmilière. N’était-ce pas le but finalement ?

Je me vois peut-être comme du pain mais ça ne m’a pas empêché de me faire rouler dans la farine. Je n’y ai pourtant pas échappée, ma fourmilière est partie en fumée, mais je suis sur le dossier. Comme je l’ai dit : je plis mais ne romps pas.

Bonne soirée.

1 Comment

  1. Raph mon cher roseau, mon petit pain trouvé, je m’incline devant ta plume et je t’aime; merci pour ce doux et ricanant voyage littéraire

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