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Chers tous,

Me revoilà ! En chair et en os, plus vivante que jamais, remise de cette lassitude incessante qui tambourine tel un instrument monodique, à l’égal du percussionniste solo de l’orchestre philarmonique de Radio France au fond de la salle qui se lève fièrement, claque son meilleur son au triangle et ponctue un moment précis de la partition qu’il ne faut surtout pas louper. Ding ! C’est à mon tour de me lever et de vous dire que je suis là ! Je n’ai pas bougé d’un pouce depuis ma belle ville de Bordeaux dans laquelle je me suis creusé mon nid, si chaud, si coloré, si meublé. Emmaüs n’a plus de secret pour moi, je suis cette femme qui chine, qui fait des allers-retours à Leroy Merlin pour acheter trois vis à tête cylindrique, je suis cette femme qui dit « taxe foncière » et râle contre le gouvernement qui, avec une once de motivation relancerai bien le mouvement des gilets jaune, si seulement le jaune lui sied bien.

Mon ancienne boite a fermé, et pour mon plus grand plaisir. Me voilà propulsé, vous ne le devinerai jamais, comme un personnage Disney ayant remonté le mécanisme d’un objet loufoque, dans le milieu du BTP.  Je travaille dans une Ecole portant le prénom de notre emblématique ingénieur centralien et industriel Français Gustave Eiffel, né Bonickhausen ayant révolutionné le milieu de l’architecture métallique. Notre projet ? (Oui, je suis cette femme qui dit « notre projet » et fière d’appartenir à ce Crew si select) Former les futurs plombiers, électriciens, couvreur, zingueur, quasi-coiffeur de demain. Je claque mes talons de mes bottines violettes à paillettes dans les couloirs de cette école, au milieu de gars plus Basic fit que Lac des Cygnes, s’agitant dans nos ateliers pour monter leurs plus belles chiottes. Ils brandissent le menton haut leurs pièces réussies pleine de tubes acier, de cuivre, de PVC et que sais-je encore, je n’ai jamais réussi à réparer une chiotte. La dernière fuite d’eau de mon appart s’est écroulée tout droit dans l’appartement de mon voisin du dessous, on s’est retrouvé tous les deux à genoux, à 23 heures, à regarder dans la même direction, vers mon robinet de cuisine me foutant la honte entre deux expressos martinis. Parce que oui, j’avais bu. Après 30 ans, l’eau, c’est du vin. Ou l’inverse, je ne sais plus.

J’ai plongé mon énorme tête, car oui, j’ai une énorme tête, dans le milieu d’une équipe de formateurs également à la tête de leurs entreprises et pourtant sous mes directives, j’étale au monde mon charisme sur lequel l’univers de la pédagogie a trébuché et je me dévoile. Je me déploie, je parle multicouche et mise à la terre, l’air de rien et explique calmement à Monsieur Triboulot, un élève tête à claques et profondément attachant que je le préfère transpirant et à l’heure que sec et en retard. Parce qu’un bonheur n’arrive jamais seul, parce qu’une bromance vaut parfois toutes les histoires d’amour du monde, j’ai rencontré Sibylle. Sibylle est un hasard définit comme la cause d’évènements fortuits ou inexplicables et donne raison à Sartre qui écrivait que le hasard fait bien les choses. Ou peut être alors que c’est tout à fait explicable : si je n’avais pas quitté mon boulot dans l’édition à 30 ans pour partir souffroter et travailler au bord de la mer en Irlande, rencontrer tout ce monde qui grouille et hurle son envie de vivre à pleine dent, je n’aurai pas créé mon blog pour vous écrire des histoires sur les adultes. Je ne serai pas partie au Canada, je n’aurai pas perdue mes âmes sœurs, je ne serai pas revenue déprimer à Toulouse et me relever à Bordeaux, je n’aurai pas retrouvé mes âmes sœurs, je n’aurai pas trouvé ce boulot dans la com’ m’envoyant tutoyer Agathe Sorlet, je n’aurai pas rencontré mon homme, je n’aurai pas acheté un meuble qui selon lui « ne passera jamais à l’arrière de ma voiture », je n’aurai pas rencontré Léa lors d’un entretien transformé en rencontre pour gérer le campus de Bordeaux à Gustave, et non, ce Lundi 2 Juin 2025, je n’aurai jamais partagé mon premier jour de  boulot avec Sibylle.

Sibylle, elle parle en K, c’est le soleil qui illumine ta journée avec son rire que tu peux desceller depuis l’autre côté du periph’, elle danse en dandinant ses épaules et elle te dit dans le plus grand des calmes que pour aller boire un verre, elle va devoir annuler son cours de sangles aériennes. Elle connait mieux que toi ton taux d’imposition, elle pose une véranda chez elle pour mieux revendre son appart et elle est peut-être mieux au courant que toi de comment tu vas crever dans quelques années. Avec Sibylle, tu vas au charbon et sécurise ton existence et si j’étais un temps soit peu stratège, je la garderai dans ma vie, tout simplement pour le rester, en vie.  Si certains d’entre vous zappaient sur Catherine & Liliane avec Yann Barthès, vous visualiserez nos deux chevelures en pleine réunion faisant à la fois marrer la galerie et installer, je parle pour moi, une pointe de totalitarisme, à en croire ces tests pour passer l’épreuve du feu, celle d’un recrutement réussi. Apparemment, on a toutes les deux la carte de Head Leader ou je ne sais quoi, un truc d’un anglicisme foudroyant, que le monde de la « Tech », parce que je fréquente aujourd’hui des gens de la « Tech », connait bien.

C’est peut-être ça être adulte, fréquenter des gens de la « Tech », parler en K et faire des anglicismes qu’on ne pige pas même après avoir passé des mois en Irlande.

Dans mon jeu de carte, on a aussi des personnages rigolos, des Business Developper, commerciaux en Français mais ça, ça en jette beaucoup moins, qui courent après leurs objectifs tel un Usain Bolt sur un 100 mètres aux Jeux Olympiques de Rio. L’une est la bobo Bordelaise par excellence, arrivant sur son scooter, la gueule déjà râleuse et c’est d’ailleurs ce qui fait son charme, la quarantaine d’année tassée, se plaignant du bruit de la photocopieuse prêt de son bureau, du claquement de la porte de l’open space et du froid qui s’immisce dans ses journées. L’autre est une jeunette mi Polonaise mi Française, prête à tout dévorer sauf ce qui est frit.

Parce que ce qui fait le mystère de nos existences, c’est que celui ou celle qui peut te sortir la tête de l’eau est paradoxalement celui qui t’a brisé. Il est tout de même intéressant de regarder le prisme sous un autre angle. Allez jeter un œil vers l’inconnu, aller vers un univers alors que vous cherchez quelqu’un. Changez. Osez. Tournez les talons et construisez le monde de demain.

Bonne soirée.

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