5 mins read

Cher tous,

Et si le choix le plus fou était finalement celui de la raison plutôt que celui de l’amour ?

J’ai soufflé mes deux bougies mensuelles avec mon Bordelais, le genre de type un mois auparavant à débarquer chez toi après minuit avec une part de gâteau et une flamme à souffler pour fêter ces trente derniers jours écoulés, extrêmement doux et ne craignons pas les mots, réussis. Toi, te sortant de ton lit 160 fièrement acheté chez BUT en début d’année, le chignon ébouriffé, les femmes envieuses de ce « coiffé décoiffé » devenu ta signature capillaire, un leggin trop taché pour avoir l’air de Cameron Diaz dans « The Holiday » mais plutôt d’elle et encore elle, à savoir Bridget Jones, dans « Bridget Jones ». J’ouvris la porte, elle était là, cette bougie toute vivante, lui derrière et moi, au lieu de la souffler, je la fis valser sur la moquette bleue à triple épaisseur de ma résidence, histoire de rester dans cette ligné, celle de l’équipe de Bridget plutôt que celle de Cameron. La référence de Jennifer Anniston et Mathiew Perry dans la meilleure série de tous les temps ne se fit pas attendre : je nous voyais déjà en haut de l’affiche, celle de Rachel et Chandler dans Friends dégustant ce Cheesecake à quatre pattes et à quatre mains sur leur pallier New Yorkais, voleurs de gâteau et révélant au monde leur amitié solide. C’est à ce moment là que j’ai compris que mon mec, c’était aussi mon pote.

Je me pose ce soir la question : et si finalement l’amour apaise tandis que la raison rend fou ?

Je suis les pérégrinations et les négociations de mes supérieurs devenus les soldats d’une grande armée de burger avec quinze garnitures au choix et préparés à la demande. Cette vente de ce beau restaurant à cette grande chaîne de fastfood qui n’en finit pas de ne pas voir le jour me donne envie de relire ces fables moralistes de La Fontaine avec des noms d’animaux glissés dans ses titres. Ne jamais se croire vainqueur trop tôt, « il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué » : Le corbeau et le renard, La Cigale et la Fourmi ou bien Le Lièvre et la Tortue qui ont résonné des heures durant dans mes salles de classe et loin d’avoir une portée enfantine aujourd’hui, ces ouvrages résonnent de mille feux dans la rue Saint Rémi.

Ma tante Maryvonne a pris la forme d’une étoile depuis plus de dix ans maintenant, tout sauf filante, elle flotte au-dessus de moi depuis qu’elle a décidé de mettre sous ma plume le sujet de BAC de philosophie portant sur l’art jusqu’à aujourd’hui. Elle a mis sur mon chemin mes anciens jobs, mes anciens potes, l’Irlande, L’Allemagne, La République Tchèque, l’Autriche, le Canada et la Grèce. Elle a mis sur mon parcours mes parents, Toulouse, la littérature, FIP radio, Karol & Susan, Bordeaux, les trios de Ravel, la littérature (encore elle) et Simone Veil. Elle a cependant omis un détail : mes boss ont décidé de sauver leur activité économique jusqu’au printemps prochain en m’enfermant partiellement dans une cave avec un chocolatier émettant des bruits de bouche sur « Je serai ta meilleure amie » de Lorie à la limite des gargarismes. Cet homme-là, c’est Tanguy : doté d’une incapacité maladive à s’affirmer et pourtant tout fier d’avoir tenu tête à une enfant de huit ans exaspérante, je pense à mon début d’année 2025 et roule des yeux. Le karma fait bien les choses, je me retrouvais non seulement à jouer au badminton avec lui mais à enrober dès le mois de janvier des chocolats à la noisette devant lui. La Fontaine et ses fables m’avaient pourtant prévenu : « Tel est pris qui croyait prendre », un peu comme Barnier et son gouvernement.

J’ai tout de même eu la joie de rentrer chez moi un soir et de voir mon appartement avec un sapin illuminé prénommé Lombric, (« Lombric le sapin » pour être précis), nom scientifique désignant un ver de terre qui possède un corps allongé composé d’anneaux, de couleur rosâtre et contribuant à la fertilité des sols. Avec mon Bordelais (Normand pour être précis), on visualisait très bien le lombric, l’une de mes grandes phobies, aussi comme un prénom Breton. Si tu peux appeler ton enfant Soizic, Alaric ou Maverick, alors pourquoi pas Lombric ? C’est mon sapin qui en a fait les frais.

Tout cela pour dire qu’un soir, je rentrais chez moi et si agréablement surprise ! Lombric le Sapin était illuminé, décoré de boules de couleurs finement choisies, le reliant jusqu’à « Blague à Part », ma plante résistant depuis le début de l’année qui s’accroche à donner du cachet à cet appartement ne demandant qu’à recevoir la vie, la vraie. Un peu comme ce nouveau-né que l’on attendait depuis quelques semaines et qui grâce à Dieu ne s’appelle pas Paul, un prénom d’une syllabe dénotant une personnalité trop lisse et surtout, celle d’une sandwicherie.

Mon appartement accueille gentiment la magie de Noël et Bordeaux m’a présenté jusqu’ici des individualités en tout genre et non velléitaires : bon sang que ça fait du bien de ne pas côtoyer le faux ! Nous avons tous dans notre petit calpin un gars qui a des idées mais qui ne fait jamais rien. Un type qui a toujours des intentions faibles et qui ne se décide pas à agir. Le fameux gars qui clame haut et fort qu’il est « sur un super projet » dont on ne voit jamais la couleur depuis des années.

Peut-être est-ce Bordeaux ou moi finalement qui grandi (vieilli ??), peut-être que je décide de tourner le dos aux artifices et d’ouvrir les bras au réel qui est, en fait, carrément plus excitant.

Je discutais un verre de blanc à la main plus tôt dans ma soirée avec un type sans dents du devant visiblement toujours bloqué dans les années 50 m’expliquant qu’après 30 ans, en tant que femme célibataire, (selon lui) je me devais, quasiment, d’avoir un chat. Pour avoir une présence vous comprenez. Sa bêtise exposée autour de ce mange debout et lui, pliant des serviettes en deux, je me retrouvais à rire et me rendais compte d’une chose : je ne peux pas dire que je vis un rêve éveillé car ma réalité est encore plus jolie.

La preuve en est : « Hâtez vous lentement » et « Rien ne sert de courir, il faut partir à point ».

Bonne soirée

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

Previous Story

ÉTÉ INDIEN

Next Story

GUSTAVE