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Cher tous,

Mes valises posées en Irlande dans le but de devenir une femme, une vraie, je me suis retrouvée dans un hôtel absolument incroyable. Dans tous les sens du terme. J’ai aujourd’hui assez de matière pour proposer un scenario de BD complètement fou. Si j’avais voulu inventer Luis, un Espagnol de 56 ans et des brouettes, un rire à couper au couteau son jambon ibérique et seulement plus que quelques dents pour lui permettre de prononcer ses mots (mots que l’on ne comprend d’ailleurs toujours pas après plus de six mois en sa compagnie), je n’aurai pas pu. Je pourrai essayer de décrire Pedro, la quarantaine, un gars courbé et cynique, épuisé par la vie qui ne lui a pourtant rien fait, ou encore Alice, une nana de 27 ans persuadée qu’elle est plus proche de sa mort que de sa naissance, frustrée à n’en plus pouvoir et bien que terriblement fatigante par son insolence de jeune adolescente, elle en est devenue tordante. Parce qu’après tout, Alice, elle vient de Champagne, elle ne souhaite fournir aucun effort pour choper l’accent anglais et son grand-père, il connait le directeur de « Petit Bateau ».

J’étais venue dans le Connemara pour atteindre mon objectif de base, plutôt atteint je dois dire et voyez-vous, je me suis rendu compte que c’est le retour à ma jeunesse perdue qui m’a propulsé dans la mentalité d’adulte. J’avais dans l’idée cette jeune femme baroudeuse, persuadée que « se retrouver » c’était marcher longtemps et souffrotant au bord de l’eau avec un K-way, des chaussures de rando et surtout, un gros sac à dos à partager sur Instagram, parce qu’on ne se retrouve jamais autant que sur Instagram, on est bien d’accord.

Et bien figurez-vous que malgré ces falaises de Moher absolument merveilleuses et ces pubs ou je ne saurai que trop conseiller à Universal d’y faire un petit tour, c’est au Ballynahinch Castle que tout se passe. Je n’ai jamais vu autant de monde au milieu de rien. La vie y fourmille de tous les côtés, de tous les pays, de toutes les personnalités aussi absurdes et déjantées les unes que les autres et tout ce cocktail bien remué dans le shaker de Léonard, notre barman recherché par deux/trois gangsters Allemands, ça forme une équipe certifiée Relais & Château. La restauration est un milieu accessible pour les personnes parlant peu anglais, pour mon plus grand plaisir. Je me suis retrouvée dans le fin fond du Connemara avec des collègues Allemands, Grecques, Croates, Ukrainiens, Italiens, Roumains et parfois, oui, Irlandais. Tout ce sac d’Européens grouille entre les murs de l’Hôtel pour organiser tous ces mariages, ces événements de toutes sortes, se partage les tâches comme il peut pour faire exploser le feu d’artifice au bon moment, ne pas faire tomber les huitres sur ses clients comme je l’ai déjà vu faire, passer derrière Ross qui chante du Lili Allen dans les cuisines du restaurant gastronomique en pleine période de « rush » mais qui est vraiment super fier d’avoir pensé à mettre du beurre dans une poche à douille pour préparer le petit déjeuner. Nakache et Toledano avaient vu juste, « Le sens de la fête », ce n’est pas qu’un bon film, et un Lou, c’est un poisson. Quoi qu’ici certains en douteraient à coup sûr, à en témoigner notre cher Mack, assistant manager qui nous vient tout droit d’«Everywhere » et ne sait toujours pas faire la différence entre l’agneau et le bœuf.

Pour revenir à cette histoire d’adulte, à cette fausse leçon de vie « l’âge n’est qu’un nombre » prononcée par cette chipie de Céline, 20 ans, une anglaise rencontrée dans les rues de Prague en janvier pour rattraper sa stupéfaction à l’annonce de mes 30 ans ; après plus de trois mois à retourner cette vindicative phrase dans ma tête, j’en suis arrivée à cette conclusion que je souhaitais vous partager aujourd’hui : cette raillerie n’était finalement ni plus ni moins qu’une pensée de vieillard sur un front d’enfant, et l’enfant en question, c’était moi.

Bonne soirée à vous.

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