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Cher tous,

En pause Irlandaise j’ai maintenant posé mes valises à Montréal. Je me transforme en cette nana qui prend en photo la vie et qui au lieu de prendre des selfies dans sa salle de bain que j’ai pour ma part abandonné depuis un certain temps, prend en photo la vie parce que tu comprends « moi je ne capture que l’instant ». C’est peut-être ça être adulte, c’est préférer la « skin routine » des autres plutôt que la sienne. Alors oui, aujourd’hui j’essaie, et plutôt facilement je dois dire, je capture le slow life qui croise mon chemin et j’ai bien l’impression que si je reste plus longtemps que prévu mon appart’ risque d’accueillir des plantes vertes du type « Ficus Robusta » ou « Monstrera Deliciosa », des tapis de yoga et pire encore, des meubles scandinaves : IKEA, en mieux.

J’ai toujours fantasmé sur cette nana qui prend en photo du coin de son bureau l’air de rien son Macbook avec en fond son super Feed Instagram, une salade au quinoa, un vin probablement bio et évidemment, des plantes en arrière-plan longeant une fenêtre art déco donnant sur la vie, la vraie. Je n’ai jamais su si ces photos représentaient des moments de vie ou si c’était ces moments de vie qui représentaient un sacré paquet de followers dont bien évidemment je faisais partie pour pouvoir exprimer tranquillement ma jalousie du fin fond de mon lit avec en fond à moi, Grey’s Anatomy. Par ce que non, je ne suis pas ce genre de fille qui mate la dernière série que personne ne connait, en VO bien évidemment parce que « Quoi, tu ne regardes pas les séries en VO ? » se faisant passer l’air de rien pour une nana hyper branchée, lui permettant en un claquement doigt de se décomplexer un tantinet soit peu de ses complexes culturels. Cette fille-là, photographe, yogi et écrivaine improvisée je l’ai jalousé, détesté, admiré, repoussé et je l’ai laissé me chanter Brel, me demander de ne pas la quitter, me promettre des mots insensés et des perles de pluies venues de pays où il ne pleut pas.

En parlant de pluie, je me suis exilée l’année dernière sur ce tigre celtique, cette Irlande ou il pleut et fait soleil à la fois, une sorte de Vivaldi et ses quatre saisons au quotidien ; un pays où tout est vert, en dehors de tout et pour pouvoir m’éloigner de ce fantasme ou projet, je ne sais lequel des deux s’accrochait le plus à moi, j’ai plongé mon minois dans ces Irish Pub et leur atmosphère chargée de houblon et de boiseries, j’ai enfilé l’uniforme, retroussé les manches et je me suis mise au boulot. Pour la petite histoire, je n’ai jamais autant été au boulot qu’en exerçant une activité à l’opposé du métier pour lequel j’ai étudié pendant près de huit ans.

Je me suis retrouvée dans ce triangle amoureux composée du resto’ gastro’, des cuisines & du pub du Ballynahinch Castle à faire mes allers-retours entre toutes ces tables et leurs clients et à négocier avec Vanessa, une allemande de 28 ans, partisane du moindre effort nous faisant croire qu’elle se tue à la tâche et ne comprenant pas pourquoi elle n’est toujours pas à la tête du Ballynahinch, avec de sérieux troubles de la personnalité que nous avons tous découvert sur le tard. Cette jeune femme aurait pu travailler dans la publicité, non pas par son talent mais par ses tics de langage : ses « Lovely ! », « Ok Guys » ou encore « I’m going to make a coffee for myself », cafés qui soit dit en passant avons tous par-dessus nos têtes aujourd’hui à en être dégouté à vie du Starbuks. A les entendre une vingtaine de fois par jour, on en a fait des marques déposées, à son insu, l’autodérision n’ayant malheureusement jamais fait partie de sa personnalité, troublée. Tous ses idiolectes dit avec un ton à la Diane Kruger, mais sans le côté Kruger, juste le sourire apocryphe et l’attitude de la donneuse d’ordre dans la même phrase, nous ont donné plus d’une fois de quoi nous faire sauter au plafond. On est cependant tous restés soudés, on a préféré en rire plutôt qu’en pleurer.

J’en reviens à cette horripilante Instagrameuse et son mac book et ne peut m’empêcher de faire un comparatif plutôt clair : je me retrouve aujourd’hui dans le café Pastel Rita en plein centre de Montréal et à en écouter sa description faite par l’une de mes meilleures amies expatriées ici depuis maintenant des années, c’est un café ou les influenceuses aiment se retrouver avec « tu verras, pleins de petites boutiques branchées que tu vas adorer ». J’ai beau être Balance comme signe astrologique j’ai toujours refusé ce côté Dinde Superficielle que l’on nous incombe à nous ces innocents êtres fervents d’équilibre et d’harmonie. Peut-être parce que parfois j’en suis une, dinde, surtout entre minuit et six heures du mat’. Non, je suis plus intéressante que ça : je n’aime ni l’astrologie, ni les Macbook, les Mocha et les stories pastel avec en coin une vie plutôt chouette. Moi j’aime les cafés branchés, « I will survive », les « moments de vie » et la Culture avec un grand C. Parce que non, tout compte fait, je n’aime pas les séries en VF et j’adore l’Orchestre National du Capitole.

Je suis en fin de compte exactement cette instagrameuse mais en mieux, je suis écrivaine ! Je ne suis pas du genre à passer 45 minutes à perdre du temps à copier Roland Barthes pour expliquer gentiment à mon lecteur qu’il est un con décérébré mais je me considère quand même plus dans son équipe que celle de Nabilla. D’ailleurs, notre cher Roland nous disait que

Le langage est une peau, je frotte mon langage contre l’autre.

Finalement, à quoi bon essayer de trouver la différence entre un écrivain et un influenceur. Les deux se frottent et que ce soit à la vie ou à la peau, c’est exactement la même chose, on reste sur quelque chose de tout à fait délectable.

Bonne journée à vous.

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