Cher tous,
Mes valises sont françaises cette fois ci, en décalage avec ces carrousels à bagages si fluides, responsables de tout un tas de vies, de tout un tas de surprises, de tout un tas d’états, d’âmes. J’ai récupéré ma grande valise rose bonbon en France, de retour après des mois d’expatriation comme si je revenais d’un voyage d’affaire pour lequel je m’étais envolé le matin. Je savais bien que je m’engouffrais dans cet éloge de la fuite que je savoure habituellement, j’ai exercé ce mouvement si banal, celui de récupérer son barda tout sourire, celui d’avoir retrouvé sa moitié. Cette moitié si rose si flash, je l’ai vu s’avancer sur ce tapis lentement, calmement, comme si ma vie en dépendait, le cœur à moitié brisé, le retour en arrière impossible. Ça y est Raphaëlle c’est fini, ton expérience de voyageuse s’arrête ici, qu’en as-tu pensé ?
Il s’agit dans mon cas de tout sauf de cogiter. Ces voyages permettent l’arrêt de la pensée et le départ de l’action, comme une introduction à la vie tel Usain Bolt sur ses starting-blocks dans son couloir numéro 5, celui du plus rapide. Je suis aujourd’hui consciente de mériter ce couloir grâce à ma personnalité et ma pêche et c’est cette corde que l’expatriation est venue greffer à mon arc. C’est tellement cliché mais le boulot ne te définit pas et si tu te considères astronaute du fond de ton cœur sans pour autant traverser les étoiles alors tu l’es, parce qu’en fait, elles sont dans ta tête les étoiles.
On ne remerciera jamais assez Martin d’avoir raconté son rêve devant le Lincoln Memorial en 63 parce qu’un dessin n’aurait jamais valu son long discours, surtout que la Liberté, ça se dessine pas ; mais voyez-vous si j’avais dû m’y coller, j’aurais dessiné mon fameux sac de baroudeuse et ma valise rose bonbon sur ce tapis glissant, en partance ou arrivés parce qu’au fond les deux se valent, tout dépend d’où tu te places. Une sorte de Aladdin version expat’ qui nous revendique sa morale de l’histoire qui reste finalement toujours la même : reste toi-même, représente-toi avec précision sans prétention, ton estime de toi l’emporte sur les richesses extérieures. J’en reviens à notre astronaute qui n’en est pas vraiment un : si t’as envie d’être cosmonaute, alors t’es un cosmonaute.
Cette idée du voyage, avec un grand V, elle était racontée par des gens que je trouvais suffisants, comme si cette expérience était la dernière marche qui leur manquait pour trôner, avec un grand T. Ce piédestal, je suis partie à sa recherche, croyant que le bonheur y flottait tranquillement et ce sont des pieds d’escales que j’ai récupéré à la place. Et puis j’ai compris, j’ai compris que ces conneries du genre « Ce n’est pas la destination qui compte, c’est le voyage », ce n’était pas des conneries. Parce qu’en fait au bout, il n’y a rien. Je calme immédiatement ceux qui souhaitent alimenter leurs stories Instagram de la vue d’un voyage, le voyage n’a pas de vue, et c’est surement ça que l’on admire tous comme un paquet de touristes bronzant face à la mer à moitié nus. Et c’est ça qui est bon : s’il n’y a rien, le chemin continue. Notre cher Norton qui nous récitait sa passion dans sa magnifique réplique
Dans un total oubli de moi-même, envahi par la nuit, le silence et la plénitude, j’avais trouvé la liberté. Perdre tout espoir, c’était cela la liberté.
avait raison. Je ne dis pas que le voyage a éteint tous mes espoirs mais plutôt mes fantasmes. Il m’a ramené à la réalité bien plus excitante car c’est la seule chose sur laquelle tu as la main. Il m’a fallu partir loin pour savoir que mes limites sont à ma matière grise ce que les frontières sont à la géographie : elles existent que parce qu’un pauvre gars l’a un jour décrété. Sauf que dans ce cas-là, ce pauvre gars, c’est moi.
Un voyage comme un sablier, le dernier grain arrive, il est sur ce foutu tapis à bagage de ce foutu aéroport de cette foutue ville Française mais finalement, aussi foutu que ça puisse paraitre, je ne me suis jamais sentie aussi raccord avec mes pensées, bien présentes cette fois ci. Selon la définition du dictionnaire Le Robert, un type foutu est un type condamné (on admire la franchise de Robert). Je m’exprime donc plutôt mal, je reprends le fil de ma pensée : ce fameux grain, il est toujours sur ce tapis à bagage, glissant cette fois ci, quasi volant, un Aladdin en pleine extase, dans cet aéroport prêt à accueillir ces humains sur le départ de leurs vies prêtes à éclore, de cette ville si rose et éclatante et je ne me suis jamais sentie aussi libre. Alors vous allez me dire que tout ce petit discours là c’est bien joli mais finalement, un petit dessin aurait bien fait l’affaire aussi.
Ça se dessine la Liberté ?
Magnifique mon canard 🦆💚….il faut continuer sur tes petits carnets….
Les rivages du bassin de Thau sont inspirants et très poétiques… félicitations, bisous bisous 😘