Suis moi je te follow, follow moi je te suis

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Cher tous,

Nous sommes samedi soir, un soir pas comme les autres. Un soir où toute personne ayant un ego dépassant celui de la taille du mollusque a des attentes. Je ne sais pas si le mollusque a un égo et je n’ai pas sollicité l’aide d’un expert en communication animale pour le savoir, mais ce qui est certain, c’est qu’on est samedi soir. J’ai occupé tous mes derniers week-ends irlandais à trottiner dans les couloirs de ce château datant de 1756 niché au cœur d’un paysage accidenté et d’une forêt pittoresque de plus de 182 hectares : je ne veux pas me la jouer Stéphane Bern mais ça m’a empêché de ruminer ma mélancolie des samedis soir français. Je suis des gens qui se sentent bien en bande mais qui n’en n’ont plus en ce moment. Une sorte de cordonnier unijambiste, une histoire un peu bancale, un peu comme la votre j’imagine. Je ne cache cependant plus mon plaisir de voler en solo depuis mon expérience de baroudeuse, tout me va. Quand on a 30 ans, se faire des potes c’est comme prendre une bonne photo : t’en as essayé une centaine et t’en as sélectionné qu’un à balancer sur tes réseaux et souvent, c’est la première photo que t’as prise qui était la bonne. Et encore, si tu n’es pas trop égocentré pour partager la photo avec un autre, laisser un bout de couverture est une pratique qui devrait être encouragée dans les conférences de développement personnel souvent données par une nana ou un zigoto qui pour en arriver à la prôner cette fameuse Bienveillance devenue presque autant à la mode que notre bon vieux Pervers Narcissique, n’a pas dû en laisser beaucoup des bouts de couv’. On en revient à notre cordonnier plutôt mal chaussé.

Aujourd’hui le narcissisme se divise en deux catégories selon moi : ceux qui assument, et ceux qui n’assument pas. C’est un peu comme pour tout finalement. Tu as ceux qui montrent leur joli minois et qui se font pointer du doigt, et tu as les autres qui partagent des photos de déco bobo, de poésies d’Hugo ou de couchés de soleil repérés entre deux guinguettes (parce que dire guinguette ça fait carrément mieux que de dire buvette) et qui au fond, mettent seulement les formes pour mettre en avant leurs âmes d’artiste, ce qui en général va de pair avec leurs personnalités qui se prétendent torturées. Comme tout artiste qui se respecte, bien entendu. Me trompe-je peut être, ceux-là sont possiblement HPI ? Perfides gens ! Je préfère l’honnêteté du joli minois sur insta. Alors je ne dis pas que balancer ma bande d’acolytes voyageurs sur mes réseaux me manque surtout que, et ce n’est pas pour parler de moi, je ne suis pas du genre à balancer qui que ce soit, (et encore moins du genre à partager la couverture) mais cette petite réflexion du samedi m’a amené à me poser cette question très clairement philosophique : en matière de réseaux sociaux, pourquoi parle-t-on de « followers » et non de « suiveurs » ?

Il parait que le terme « follower » peut être traduit par le terme de disciple. Le disciple reçoit l’enseignement de son maître à penser et adhère à sa doctrine. Les médias sociaux seraient-ils donc la plus grosse secte de tous les temps, un énorme coup de com’ (de qui ?) où tout le monde se serait fait berner ? Les « followers » une fois informés dénonceraient bien entendu ce scoop sur tout leurs réseaux, pas bête la guêpe : action, réaction, mouton. Passer de guêpe à mouton, c’est con. Imaginez les témoins des socials médias succédant à nos chers témoins tout droits descendus de Jéhovah : à la place de gens ringards sur des places entre une fontaine sans jets d’eau et deux/trois dealers de fleur de cannabis, installés derrière leurs PLV depuis plus longtemps qu’Angela Merckel à la chancellerie Allemande, mais avec le look de Ed Sheeran. Un genre d’accoutrement prétendu simple et bon marché, à la fois cool et étudiant mais qui cache tout l’univers fourbe et glacial de l’industrie du like. Touché, liké, coulé. Touché, liké, endoctriné.  

Tout ce petit laïus pour conclure que si on avait remplacé le terme « followers » par celui de « teammate », une fois passé par notre meilleur copain Reverso, à ne pas omettre de balancer sur nos réseaux lui aussi, on en serait arrivé au terme « coéquipier », et là ça change tout : on passe de la guinguette à la NBA. Les soirées des samedis soir quelque fois déçoivent, mais c’est peut-être ça être adulte, c’est hisser Sexion d’Assaut au rang du philosophe et apprendre l’importance du sentiment de déception qui peut finalement s’avérer doublement bénéfique : métamorphoser cette aperception et citer Sénèque :

« La déception est bien moins pénible quand on ne s’est point d’avance promis le succès ».

A méditer. Bonne soirée à vous.

1 Comment

  1. Trop forte mon canard….
    Les soirées du samedi, sont inspirantes…
    Pour d’autres elles sont…empoussierée🥰

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