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Cher tous,

C’était il y a deux semaines, j’ai pris mes clics et mes clacs, et je suis partie rejoindre la terre des hommes du Nord. Cela tombait à pic, j’avais besoin d’air. Quoi de mieux que la Normandie et ses plages du débarquement pour respirer. Intriguant parallèle que d’aller se resourcer là où des hommes ont souffert. Qu’est-ce que l’on ne donnerait pas pour prendre part à l’Histoire.

J’ai d’abord fait escale à Paris, déjeuné dans un restaurant ultra branché aux airs de brasserie ne payant pas de mine, observé cette populasse Parisienne entre deux « rendev » me remémorant non sans une certaine amertume mon passage Parisien dans cette boite qui pensait trouver le vaccin contre le cancer. Big up à mon ancien maitre de stage qui peut aller se la tailler en biseau.

Je me suis trimballée ma valise verte dans toute la capitale et j’ai attendu, attendu, non pas Aline (Quelqu’un aurait de ses nouvelles ?) mais Fabrice, mon meilleur copain et le type le plus drôle que je connaisse, rencontré il y a dix-huit ans à Pléneuf-Val-André, un bled Breton, dans une colonie sérieuse dans laquelle on avait pour mission de repartir musiciens avertis.

C’est là-bas que toute cette bande de musicos inséparable s’est formée. Une sorte de télé-réalité pour des jeunes sans Tik-Tok et sans Crop Top, seulement du vrai, rien que du vrai. Le rêve. Fabrice et moi avons immédiatement accroché avec Justine, une blonde avec une gueule d’ange qui chante dans son sommeil et encore plus le jour avec une personnalité à la fois calme et débordante, amoureuse de son moniteur et n’acceptant pas cet amour impossible. Mathilde faisait aussi partie de l’aventure : une flutiste pourtant dénuée de tout sens du rythme qui répondait présente à tous mes canulars, et ce n’était pas pour me déplaire. Une future infirmière solide : la vie ne l’a pas épargné par la suite et elle se tient droite, elle a décidé de prendre les devants face à une vie féroce. Le tour est joué, la voilà accompagnée d’un formidable garçon à faire le tour du monde avec cette urgence de vivre, et elle a raison. C’est aussi en Bretagne que nous avons rencontré non sans joie Enora, cette Hautboïste dure à cuir et mon bras droit dans cet orchestre dans lequel nous communiquions en duo avec nos instruments, des moments privilégiés souvent conclus par des larmes de rire. Nous avons eu cette chance de croiser les chemins de Helena, cette douce et joyeuse jeune femme dont le mystère plane encore aujourd’hui : n’est-elle ou n’est-elle pas la cousine de Noémie Lenoir ? Elles portent en tout cas le même nom et sa douceur est toute blanche, on en prendrai des doses d’endorphine en intraveineuse, un truc à te remettre d’aplomb en une demi-heure. Il m’est impossible de vous décrire tous les membres de ce groupe rencontré grâce à la musique, et rien qu’à elle, nous sommes assez nombreux. Je ne peux cependant pas faire l’impasse sur Jérémie, ce garçon silencieux et brillant, le genre de gars qui ne parle jamais, vraiment jamais. Sauf pour balancer la bonne vanne, au bon moment. C’est aussi perturbant que délectable. On a toujours besoin d’un mec comme ça en soirée. Le genre de type qui a tout prévu en cas de galère, le partenaire parfait pour Pékin Express : un gars qui la ferme et qui n’en est pas moins impressionnant.

Ma valise et moi avons claqué la bise à Fabrice dans cette gare St Lazare, avons serré dans nos bras Helena à Caen et avons crié « Justine ! » à Bayeux venue nous récupérer. La première étape était passée, nous voilà tous les quatre dans cette voiture datant du siècle dernier, l’équivalent du Nokia 501 incassable, la fortification parfaite pour nous protéger de toutes éventuelles attaques. Nous avons roulé vers cette cabane face à la mer, une sorte d’immersion passagère dans mon voyage Irlandais et nous sommes arrivés : Mathilde et Jérémie étaient là, tout sourire, derrière ce soleil Normand, une carte postale prise pendant l’heure d’Or, accompagnés de leurs chers et tendres.

L’heure des retrouvailles avaient sonné, cela faisait dix-huit ans que l’on se connaissait. D’un côté les vagues, de l’autre des salades composées sagement préparées par toute la smala, excepté Fabrice. Fabrice ne fout rien. Les seules casseroles qu’ils aura touchées ont fait office de tambour pour me réveiller, une vengeance que j’ai mangé froide, moi qui étais sagement emmitouflée dans ce duvet, allongée sur ce lit superposé. J’avais quelques heures auparavant réveillé ce jeune homme au crane ultra rasé avec le son d’une clarinette, tel un paquebot arrivant enfin sur le quai des Cinq Terres après des heures de croisière. Fabrice s’est littéralement redressé, une équerre parfaite sur son lit du haut, des yeux encore plongé dans un sommeil paradoxal, très clairement proche de la phase d’éveil.

Après une longue balade sur ces falaises paradisiaques et un concert improvisé face à la plage, il était l’heure d’aller faire barrage au Rassemblement National. Quoi de mieux que de le faire dans une église remplie de nos aînés, portant un pull à l’inscription « cocaïne » assistant au concert de chant de la maman de Mathilde, cette dernière toute fière d’articuler à voix haute que sa mère, « C’est celle avec la perruque ».  Assise à côté de Jerem’ et Fabrice contents de faire vaciller notre banc de l’avant vers l’arrière, ne manquant pas de faire valser la sénior d’à côté, nous avons lancé des cris de soutiens à cette chorale déconcertée par l’enthousiasme de cette jeunesse Normande.

Toujours en musique, nous avons progressé vers la place du village puis sommes rentrés dans notre nouveau chez nous. Nous chantions en chœur tel une bande de lycéen en filière littéraire option musique, il nous manquait plus que les sarouels. J’en soupçonne quelques-uns d’en porter encore en secret.

Justine se battait en pleine nuit avec les cordes de sa guitare pour aligner les accords de Souchon, nous fredonnions « Foule Sentimentale » et c’est à ce moment là précis que Helena a enchainé à point nommé « Allume ta frontale ». Ni une ni deux, nous voilà tous avec nos ventres pliés en deux, nos glandes lacrymales en plein fou rire hurlant cette phrase folle : « Foule sentimentale, allume ta frontale ». Comment une phrase pourtant dénuée de sens pouvait-elle être si éclairée ? Sans mauvais jeu de mot bien entendu. Par chance, ce moment sera filmé, une vidéo que je revisionne tous les soirs de coup de mou.

C’est peut-être ça être adulte, garder des amis avec qui le rire est le même depuis presque vingt ans ?

Le lundi qui suivait, je reprenais mon train et de retour dans le sud, je me retrouvais à 23 heures passées avec le tramway bloqué, on ne change pas une équipe qui gagne. Je rencontrais Loane, une nana qui avait apparemment attendu à Paris dans ce même café en face de la gare Montparnasse, heureuse de tomber sur une ancienne Toulousaine mais toujours accueillante parée pour ce genre de mésaventure.

Ce week-end en Normandie réussi, je ne retiens aujourd’hui que la poésie. Je remercie la musique sans qui la vie serait une erreur et c’est à toi, poésie que je tiens, dis-moi que tu seras là demain, puisqu’au fond ma jolie j’y resterai bien toute la vie.

Vivement nos vingt ans.

Bonne soirée.

1 Comment

  1. Trop mignon mon canard 🦆
    Tu as beaucoup de chance d’avoir rencontré de tels amis !!!!
    C’est ce qu’il y a de plus précieux….garde les le plus longtemps possible 🥰

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