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Cher tous,

J’ai fait un saut du côté de Montpellier. Ne vous méprenez pas, ne soyez pas happé par les clichés. Ils sont parfois plus gentils que la vérité. J’ai toujours eu un faible pour les bouts de papiers, on peut les plier dans tous les sens quand l’idée n’est toujours pas au sommet, on peut les déchirer d’un coup sec pour clore un dossier, on peut y griffonner des mots d’amour (des mots de tous les jours ?), on peut les oublier au fond d’un sac, les accrocher sur un miroir. On peut les coller, les replier, les défaire et recommencer. Un peu comme les histoires. Surtout celles qui en valent la peine. Et puis on peut faire tout ça en même temps. On peut y écrire un mot d’amour, plier le mot d’amour, en faire une sauterelle de tous les jours, un scarabée tout haut perché, une libellule funambule et un papillon… quelqu’un a une rime en « illon » ? Le week-end dernier, c’est ce que j’ai fait. Des origamis. Voilà pourquoi j’ai utilisé ces bouts de papiers comme la métaphore d’une renaissance d’un truc qui n’est jamais mort.

J’ai décidé d’arrêter de m’assourdir et de serrer mes oreilles avec mes deux mains. A la place, j’ai pris mon courage dans mes dix doigts. Je suis allée voir ma boss, j’ai levé le menton haut et je lui ai annoncé que je ne serai pas là pendant quelques jours car une mission Lovestory commençait à urger. Bon, je ne lui ai pas dit dans ces termes-là. D’ailleurs je ne lui ai même pas dit tout court. J’ai écrit un mail en mettant en copie Ghislaine qui gère les RTT dans les entreprises depuis plus longtemps que Poutine fait joujou avec la carte du monde et ses jouets depuis sa chambre d’enfant. D’ailleurs, quelqu’un s’est déjà demandé à quoi ressemblait la chambre de Poutine ? J’aime à croire qu’elle est toute rose, des jeux de société dans une étagère bleu canard, une marelle sur son tapis, en peau de bête le tapis, et un service à thé entre deux mitraillettes. Wladimir doit avoir un coté hyper féminin qu’il dévoile dans sa chambre comme un adolescent fleurtant avec sa sexualité se faisant surprendre par sa mère imitant Beyonce. Vous avez l’image ? Vous souriez ? Tant mieux, moi aussi. Les tyrans ont toujours un problème avec leur sexualité. Ça, et leur mère.

Le fait est que mes jours off ont été acceptés. Coup de grâce après ces mois de dur labeur Bordelais, c’était décidé, j’irai voir cet homme rencontré sept ans plus tôt un doux soir de septembre, le 10 pour être exact. N’y a-t-il pas des sportifs connus portant le numéro 10 ? On s’en fou si ce n’est pas le cas, mon homme a ouvert la voie. Mon homme ? Grand Dieu, devrais-je préciser qu’il est mon ancien parti, mari, amant, époux. Mon ancien tout. Et pourtant, aujourd’hui, il reste plus le tout que l’ancien. On en revient à ce truc d’ameublement : l’ancien, ce n’est pas toujours la meilleure des options. Ça coute cher, tout ça pour ravaler une façade qui sera admirée par les autres. C’est un peu comme les hommes, toujours faire gaffe à la balance bénéfice/risque. Le fait est que je suis partie direction le sud-est, des origamis pleins les poches rejoindre fièrement ces cagoles et leurs bidochons s’exprimant l’accent affirmé, le pastis au bout des doigts et la pétanque au bout du nez. Ou plutôt la pétanque au bout des doigts et le pastis…enfin bref. Vous m’avez compris.

J’ai pris ma Ford K, celle dans laquelle j’ai terminé après une soirée quelque peu arrosée grâce à une amie portant le nom d’un fruit qui nous a proposé d’échanger le temps d’un trajet nos partenaires. Histoire de faire connaissance, l’air de rien. Et patatrac, fruit du hasard ou de son prénom, on ne le saura jamais, je me retrouvais donc avec cet homme, bourré de charme. Il ne restait que ces papillons, en origamis dans mon ventre, sous le charme eux aussi. Solo dans ma peau, solo je dance le slow, je ne serai jamais deux sans toi, un coup de foudre et puis s’en va, ça s’est confirmé à ce moment-là. La vie serait avec toi.

Alors fièrement, j’ai mis mon jean 501, abordé les routes telle une Nathalie Portman allant rejoindre son binôme de comédie romantique, envoyé deux trois textos à personne et comme une grande, j’ai pris des photos de mes origamis devant la mer. L’idée était de prendre chaque insecte en papiers dans plusieurs coins de Agde, car oui, j’étais à Agde, on en parlera plus tard. Après avoir posté ces photos plus absurdes les unes que les autres avec des indices de la ville dans laquelle je me trouvais, j’attendais son appel. J’avais fait le pari que le jeu en valait la chandelle, qu’il allait sauter de joie. Et bien devinez quoi, j’ai reçu cet Appel avec un grand A. Telle une joueuse déterminée face à Jean-Pierre Foucault, c’était non seulement mon dernier mot, mais j’avais atteint le dernier des paliers. Sa voix était mêlée de rire et de mots, il essayait tant bien que mal de me demander où j’étais exactement, tellement qu’il s’est retrouvé béat et sans voix de me savoir au même endroit. « Tu es où tu es où tu es où, donne-moi une adresse précise et je viens te chercher ! ». « Faisons l’inverse, toi, dis-moi où aller ».  Ni une ni deux, nous nous retrouvions devant le « Tabac St Clair » nous sautant dans nos bras, faisant de moi une Nathalie Portman comblée. Pour le côté maladroit, du genre Louise Bourgeoin dans « l’Amour dure trois ans », nous ne nous sommes pas exactement retrouvés sans encombre, mais d’abord croisés, moi en voiture et lui à pieds, moi essayant tant bien que mal de me garer. Imaginez le tableau des retrouvailles. Bienvenue dans le côté dark de la force, celui de la réalité.

C’est dans ce petit bar aux dimensions carré (rare non ?) que nous avons atterri, claquant la bise au copain barman, après avoir rencontré Marie dans son appart’, une personne dégantée au bon cœur. Le genre de femme qui te fait des crêpes pour t’épauler dans un moment compliqué. Sur ses épaules solides, elle fait valser les clichés, cette fois ci beaucoup plus faux qu’il n’y parait. A peine atterri dans ce pays un peu fou, je n’étais pas au bout de mes surprises. Parce que qui dit cliché dit Jennifer, Jennifer, elle a quarante-cinq ans et quatre enfants, n’a cessé de me répéter que cet homme au grain de peau halé et moi-même étions si beaux et complices. Jennifer, elle va à l’Omerta tous les week-ends, un club libertin, pour se détendre. Grand bien te face Jen’, on est tous avec toi. Toutes ces discussions étaient entremêlées des allers et retours de Noémie, une petite bonne femme espérant toucher le Jackpot entre deux martinis, nous achetant des tickets à tous. Si Noémie était un poisson, elle serait une truite royale un jour de temps dégagé pour les pêcheurs partis en mer sur un coup de tête. Elle a fait grimper la côte de la Française des Jeux, tout ça la tête haute et rien que pour ça, elle méritait sa fleur offerte par ma moitié pour la journée de la femme. Un geste qui entre nous a rendu encore plus sexy mon dulciné maté du coin de l’œil par des ivrognes accoudés au bar ressemblant à Michel Houellebecq sur le déclin.

Nous avons ensuite accueilli un couple, la cinquantaine, s’étant retrouvé après des années de séparation, lui s’étant fait larguer sur le parking du Auchan vingt ans plus tôt. Il préfère aujourd’hui passer par toutes les petites routes du GPS plutôt que d’aller faire ses courses au plus près. Après quelques verres, l’histoire est tordante. Plus pour nous que pour lui. Pour terminer la présentation de nos protagonistes, n’oublions pas Jojo. Vous savez, dans une soirée, il y a toujours un type qui sème le doute. Ce gars illuminé vient toujours pleins de bonnes intentions nous déverser toutes ses théories, contredisant toutes les tiennes, mais tout ça avec une bienveillance déstabilisante. On ne sait pas s’il sait tout ou s’il ne sait rien, un peu comme Nabilla, mais il est pleinement accepté par la majorité. Il en est venu à nous demander qui était Rodin, ce sculpteur du Penseur, pensant à son tour que nous parlions de Rodin des bois. Il m’a fallu une bonne heure pour me remettre de ce jeu de mot fracassant.

Après ces quelques soirées riches en rebondissement, moi me transformant en petit poucet vagabondant entre l’appartement de Marie, un hôtel dans lequel j’ai attendu des heures que l’on vienne me retrouver, l’appart de mon meilleur ami (oui, il est aussi mon meilleur ami), et revenant au point de départ, j’ai tout de même fait une apparition dans une boite de nuit dans laquelle mon cher et tendre jouait les DJ et les animateurs. C’est tout de même très marrant ces endroits sombres dans lesquels tout est permis, tu peux tout faire dans la limite du raisonnable, surtout à Agde. Tu es un banquier réputé la journée, la nuit une limace dégueulasse et c’est une machine bien huilée. Un peu comme le Wokisme finalement. Tout est une question d’attitude. Vous n’avez pas remarqué que les gens qui mangent des graines ont une forte appétence à être extrémistes et tendre vers l’idiotie ?

Après toutes ces péripéties, je me suis rentrée, mon coup de foudre jamais bien loin, même après sept ans, même après deux ans de break. A votre tour de mater Friends et demandez à Ross & Rachel s’ils étaient « on a break ». Pour moi, on était en break, pour lui c’était un déchirement. Je le rejoins totalement, il peut bien y avoir toutes les catastrophes sur Terre, nous, nous allons faire la vie.

En attendant, même s’ils n’ont toujours pas la réponse après dix ans et dix saisons, ces deux-là, ils finissent tous les deux. Tout vient à point qui sait attendre, je suis le point et lui l’attente, à moi d’en prendre de la graine.

PS : ma coloc vient de me souffler que Zidane portait le numéro 10. Intéressant.

Bonne soirée.

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