Cher tous,
Comme tous les lundis, je suis repartie chercher l’inspi au Books & Coffee de la rue St James. Je zieute le panneau bleu à l’inscription blanche détaillant le nom de cette ruelle et cachez ce Saint que je ne saurais voir, je me demande qui c’était, ce fameux James.
En réalité, je joue les écrivaines plutôt un lundi par mois sur un coin de table de ma colocation Bordelaise entre un verre de rosé et Mimi, le chat bicolore de Charlotte. Ou tricolore si on compte le museau. Je me rassure en me disant qu’heureusement, nous ne pouvons pas être de plusieurs couleurs à la fois, Marine Le Pen et sa nièce ne sauraient plus où donner de la tête, et nous encore moins. Je suis entrée dans ce café branché, le type d’endroit où les étudiantes de Master se retrouvent pour mettre enfin derrière elles ces projets communs à traiter et enfin reprendre leur route en solo. Disons-le, ces travaux à faire en groupe, ça a toujours été une plaie. Qui plus est, cela ne nous a jamais appris à travailler en équipe.
Peut-être que l’effet est inversement proportionnel : et si le but des projets de groupes avait finalement l’intention de montrer que l’on ne peut compter que sur soi-même ?
L’être humain cherche toute sa vie une tribu sur laquelle se reposer et en profiter pour se décharger d’un maximum de tâche. Malinx le lynx. Il y en a toujours un désigné volontaire pour bosser au service du reste du groupe : il est la charrue tirant les trois autres bœufs. Pourtant, ce n’est pas toujours lui le plus habile. Savoir faire bosser l’autre à sa place, c’est parfois plus malin. Que toute notre équipe de champions politiciens en témoigne, leurs armées d’écrivains, de conseillers et de communicants suent comme des bœufs (encore eux) pour que le petit Gabriel puisse briller à la matinale de RTL au micro d’Amandine Bégot. Tout ça se règle souvent à l’oral, l’opportunité pour le berné de jouer sa plus belle vengeance et d’éliminer ses acolytes ignorants en public. La vengeance est un plat qui peut aussi se manger chaud : Philippe Caverivière, ce drôle de type d’une cinquantaine d’année, tatoué de la tête au pied, découvert sur le tard et anciennement auteur pour Nicolas Canteloup, sorti de l’ombre du Club Med pour capter toute la lumière de la maison de la radio du 16ème arrondissement Parisien, rattrape la bienveillance journalistique d’Amandine et sort franc du collier ses plus belles phrases choc pour remettre en place ces personnalités en excès de confiance.
Ce constat est à double tranchant : le métier d’humoriste est aujourd’hui élevé au statut d’expert. C’est LE métier en vogue. LOL, tu m’fais pas rire, tu sors. Retourne sur Instagram t’entraîner un peu et quand tu sortiras plus de trois sketchs à cinquante mille likes tu seras quelqu’un. D’un autre côté, si tu as des questions d’ordre géopolitiques, philosophiques ou scientifiques, sans aller jusqu’au prix Nobel tu peux tout à fait te tourner vers des gars qui ont fait des études dans ces domaines. Bien qu’ils aient souvent des physiques désavantageux (pourquoi ce lien absurde est pourtant assez vrai ?) t’en as bien un ou deux dans le tas qui ont fait des études de terrain, surement depuis des décennies du fin fond de leur labo’. Calmez vos ardeurs intellectuelles ! Allons d’abord demander à Florence Foresti ce qu’elle en pense chez France Inter. Histoire de mettre tout le monde d’accord. On repassera pour les experts et leurs labos, faire des études, c’est surfait.
Je passe du coq à l’âne et vous annonce non sans fierté mon déménagement dans mon appartement. Quand je dis « mon », c’est très premier degré. Je suis officiellement l’heureuse propriétaire de murs Bordelais. Je ne me sens pas plus adulte, mes angoisses sont décuplées et mon plaisir pour la déco aussi. Hâte que mon homme débarque là-dedans pour reprendre les murs en main. Je repense à cette discussion au milieu de ce quartier Toulousain des Carmes avec ma grande amie Julie rencontrée il y a maintenant plus de sept ans et réalise que cette amitié que je pensais très fraiche est enfin de compte le résultat d’une skin routine appliquée à la lettre et de surcroit l’une de mes plus longues amitiés. Julie et moi ne nous sommes jamais disputées. Nous ne nous parlons pas tous les jours et nous nous voyons uniquement pour partager du temps de qualité. Julie et moi avons compris une chose : nous nous laissons vivre nos dépressions respectives tout en gardant à l’esprit que l’autre sera là au moment de la chute. Chute que nous évitons au mieux, grâce à des scènes de Friends envoyées régulièrement pour nous rappeler que nous ne sommes pas seules face à l’adversité.
Bien que nous ayons quelques années d’écart, assez pour que l’une ait fondé deux familles et l’autre soit toujours au stade de la colocation, Julie et moi avons une amitié très saine parsemée de Gin Tonic dans des lieux bobos Toulousains du type « Chez Rosa » et de partenaires assez fous pour bloquer la tête d’hommes mécontents dans des réfrigérateurs jusqu’à l’endormissement et possiblement interdits de territoire Suisse (oui, c’est possible). Ces hommes aiment partager des Jacuzzis, en voir l’eau faire des bulles de testostérone, admirer les paysages Français en pleine nuit, manger des tartes aux framboises et faire des vidéos d’eux portant des collants fuchsia et libérant la Britney Spears qui est en eux. Je vous laisse faire le tri de ce qui est vrai dans toutes ces énumérations.
Me vient tout de même une pensée qui risque de faire sauter au plafond le mouvement inclusif : mais qu’est devenue la masculinité ? Où sont passés nos hommes ? Je crois qu’ils sont sur Instagram prenant des selfies la bouche en cœur plus canons que les miens quand j’avais 20 ans ou bien se déhanchant de façon plus sensuelle que Pina Bausch sur des rythmes Brésiliens endiablés ! Sentir que nos mains sont moins lisses faute de travaux manuels que nous faisons exactement au même moment qu’ils prennent des stories retouchées face aux miroirs de leur salle de sport peut remettre en question beaucoup de vies. Vraiment beaucoup. Parfois, un homme qui prend sa caisse à outil et monte des meubles, c’est amplement suffisant.
Cette discussion avec Julie menée de quatre mains de fer, agrémentée d’un petit sac à main en cannage et d’un autre tout droit descendu de chez Balzac (oui, nous sommes détestables mais être bobos n’est-il finalement pas la définition du bonheur ?) nous a fait comprendre une chose : être adulte, c’est être stressé tout le temps, préparer son voyage en Guadeloupe et boire des Gin To.
PS : j’ai fait des recherches sur Saint James et je n’ai pas vraiment compris qui c’était, je sais juste qu’il s’appelait Claude et qu’il représente une rue hyper branchée à Bordeaux. Comme quoi, pas besoin d’être Beethoven pour se la péter, c’était peut être quelqu’un de très drôle à qui on a un jour demander son avis.
Bonne soirée.